Chronique L’Expérience Oregon de Keith Scribner

Par Michel Edo Librairie Lucioles (Vienne)

L’Oregon, vous connaissez ? Un aimable État de la côte Ouest, plutôt démocrate, montagneux, plutôt progressiste et assez sauvage en dehors de ses bassins industriels florissants et de sa pollution côtière récurrente. Oui, mais c’est aussi un État qui nourrit en son sein le serpent de la contestation…

Car l’Oregon est un État où les mouvements radicaux ont fait souche : éco-terroristes, mouvements sécessionnistes, mouvements citoyens, systèmes d’économies parallèles basés sur l’échange et l’entraide, anarchisme et j’en passe. Et des plus obscurs… L’Oregon, c’est l’Ardèche, l’Aveyron et la Bretagne réunies ! C’est au milieu de ce foisonnement contestataire – presque un état de guerre civile –, que débarque un couple de citadins de la côte Est. Scanlon, le mari, est arrivé, faute de mieux, dans cette petite ville universitaire. Il n’a pas trouvé d’affectation dans une faculté plus prestigieuse. Son domaine de prédilection étant les mouvements de masses, il trouve là matière à publier, mais la confrontation avec la réalité du radicalisme politique, passé le premier moment d’excitation, le met en face de ses propres limites quant à sa capacité réelle d’engagement. Naomi, sa femme, est ce que l’on nomme un « nez ». À la suite d’un accident, elle a perdu l’odorat. La perte de ce sens fondamental la rend dépendante de son mari au-delà du raisonnable. Mais le retour de sa sensibilité olfactive au cœur de cette nature débordante à laquelle elle n’a jamais été confrontée est un choc pour elle, une révélation qui va la sortir de sa torpeur. Tiraillés chacun à leur manière par des doutes profonds et empêtrés dans leurs fantasmes personnels, le mari et la femme s’éloignent l’un de l’autre en s’enfonçant dans le silence et le mensonge.

En mêlant intimement le politique et l’intime, Scribner cherche à comprendre les fondements de l’engagement personnel. Il ausculte ce qui relève de la pulsion et ce qui appartient au domaine du savoir, de l’éducation, des contraintes sociales… L’Expérience Oregon est un roman dans la lignée de Freedom de Franzen. Les personnages de Scribner tentent vainement, par la culture, l’éducation, le politiquement correct, de s’élever au-dessus de la masse. Leurs rêves d’égalité sont cependant voués à l’échec, tant ils sont incapables de réelle empathie avec le monde. Ils sont l’incarnation d’une classe sociale qui est née avec le doute, mais qui n’a jamais été contrainte de se remettre réellement en question.

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