Chronique L’Art de la résurrection de Hernan Rivera Letelier

Par Michel Edo Librairie Lucioles (Vienne)

Si je vous dis que L’Art de la résurrection se déroule au cœur du désert d’Atacama, que l’on y suit un mystique porté par une foi invincible, une prostituée du nom de Magualena, un fou qui passe sa vie à balayer le désert des déchets que les hommes y laissent…

Vous ne serez pas surpris. Et vous aurez raison. Car, pour les mêmes raisons que vous avez aimé les précédents romans de Letelier, vous aimerez L’Art de la résurrection ! L’écrivain poursuit son grand œuvre, une peinture fantastique couvrant pratiquement un siècle d’exploitation du nitrate dans les mines du désert le plus aride du monde. Un siècle de folie humaine. Le Christ d’Elqui est un mystique complètement timbré et aussi sincère que Jésus-Christ lui-même. Il professe une foi plus sèche que le désert en exhortant ses semblables à se défaire des biens terrestres et à renoncer aux abus de l’alcool et de la chère. Il n’y a qu’un point sur lequel il n’est pas trop regardant, quoiqu’exigeant, c’est le sexe. Dans ce domaine, point de restriction en dehors de Carême. Mais tout ne vous tombe pas sous la main, et sa Marie-Madeleine, il va devoir traverser un bon bout de désert pour la trouver. Arrivé à Elqui, où sa réputation l’a précédé par d’impénétrables voies, il est accueilli par l’adoration des bigotes, la méfiance des autorités ecclésiastiques et la franche moquerie des poivrots, des fêtards et des anticléricaux de tous acabits. Pourtant, il parvient à faire son trou avec tout l’amour, toute la sincérité et toute la rouerie dont il est capable. Et puis, guérir des coliques, soulager des gueules de bois ou des rhumatismes sont des miracles à la portée de n’importe quel charlatan. Non, le Christ d’Elqui, dans toute sa modestie, attend un signe du ciel, une résurrection, une vraie ! C’est l’humanité, la magie, l’amour de la bonne histoire qui portent les romans de Letelier. Ils sont un enchantement aussi délicieusement frais qu’est intenable la chaleur du désert. Si aucune vie ne semble possible au cœur du désert, les colonies minières pleines de bruit et de fureur débordent d’humanité. L’humour, la magie, les chansons d’amour et la folie y sont plus importantes que l’eau et l’alcool… bon peut-être pas autant que l’alcool quand-même.

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