Chronique La Vie volée de Martin Sourire de Christian Chavassieux

Michel Edo Librairie Lucioles (Vienne)

Lorsque Martin naît pour la seconde fois, il a 5 ans. Son destin est tout tracé : si la faim, la maladie ou la violence ne l’emporte pas, sa vie sera de misère et de souffrances. Mais un miracle se produit, un carrosse s’arrête devant lui et il est conduit à Versailles pour l’agrément de la Reine.

Martin, qu’un inaltérable sourire illumine en permanence, devient un des petits protégés de l’Autrichienne. Bien sûr, il est à l’abri de la faim, du froid, il est correctement vêtu, on l’éduque… Mais il est seul, arraché à sa famille. Et puis 1778 arrive et la Reine enfante. Martin est relégué au second plan, puis bientôt au troisième rang des préoccupations de Marie-Antoinette. Il grandit pourtant à Versailles, élevé par les serviteurs de la reine avec tout le petit peuple de figurants de ses caprices bucoliques. Et Martin sourit toujours. Il sourit encore lorsque le souffle de la révolution balaie ce qui était jusqu’à présent son monde. Il aurait pu s’y accrocher comme le fermier du château à sa ferme de pacotille. Pourtant, il choisit le monde. Et le monde c’est Paris, ce sont les troquets où l’on s’exalte des idées nouvelles, où on laisse sortir à pleins poumons la rancœur des opprimés. Cela n’enlève rien à la misère, ni au froid terrible de cet hiver 1790, mais on est libre. Martin est libre, libre de travailler jusqu’à épuisement, libre de se geler dans une mansarde puante. Cependant, il a côtoyé la reine, il était un proche. Alors le voilà pris dans les calculs ambitieux de quelques nostalgiques de l’Ancien Régime qui voient en lui un allié. Il est au fond encore le jouet de plus puissants que lui. Il croit se libérer de leurs rets en s’engageant dans l’armée patriotique, mais là encore, sait-il qui décide pour lui ? Et in fine, au terme d’une vie de souffrances, se libérera-t-il de cet inlassable « qui suis-je » qui le taraude ? Le héros de Chavassieux est un bouchon malmené par la tempête de l’histoire. Il incarne à merveille une idée magnifique, celle de l’homme qui arrache ses œillères idéologiques pour accomplir la révolution ultime, celle qui consiste à prendre sa Bastille personnelle, à être son propre roi.

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