Littérature étrangère
TANIZAKI Jun'ichirô
Paix dans les cuisines
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TANIZAKI Jun'ichirô
Paix dans les cuisines
Traduit du japonais par Patrick Honnoré
Éditions Picquier
06/02/2026
238 pages, 21 €
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Chronique de
Michel Edo
Librairie Lucioles (Vienne) -
❤ Lu et conseillé par
5 libraire(s)
- Michel Edo de Lucioles (Vienne)
- Claudia De Bonis de Fondation Louis Vuitton (Paris)
- Charlotte Desmousseaux de La vie devant soi (Nantes)
- Tracy Pradalier de Bibliothèque Germaine Tillion (Paris)
- Charles-Henri Bradier de L'Écritoire (Semur-en-Auxois)
✒ Michel Edo
(Librairie Lucioles, Vienne)
Tanizaki est considéré comme l’un des plus grands écrivains du XXe siècle. Reconnu pour ses textes troublants, sombres et sensuels, il a aussi été un auteur facétieux et, comme le dit Patrick Honnoré dans sa préface, capable de légèreté, signe indéniable de sa grandeur.
Publié en revue en 1963, Paix dans les cuisines est l’aimable et légère chronique domestique de la maisonnée d’un écrivain vieillissant. Si Tanizaki, avec beaucoup d’autodérision, a déjà publié des romans dont les protagonistes sont des romanciers tourmentés, paresseux, âpres au gain, Raichiki, le chroniqueur de Paix dans les cuisines, présente moins de troubles. Tanizaki se cache à peine derrière son protagoniste et ce avec une rare élégance. En décrivant les mille et une anecdotes dont il est le témoin, il met un paravent devant les questions existentielles qui le tourmentent : la vieillesse, la maladie, le monde qui change plus vite qu’il ne peut l’appréhender. On rit avec lui des portraits qu’il fait des bonnes qui se sont succédé dans son foyer en presque trente ans. Ces jeunes femmes, venues des campagnes reculées du Japon pour échapper à la condition misérable de la paysannerie, sont croquées avec beaucoup de sel par le narrateur qui se délecte de leur jeunesse, de leurs défauts et de leur vivacité. Il aime en elle le naturel avec lequel elles s’expriment, les qualités intellectuelles dont elles font preuve sans avoir été instruites. En cela il se moque des préventions bourgeoises contre la rudesse supposée des paysannes. En grossissant le trait de leurs travers, de leurs mœurs, de leurs aspirations aussi, Tanizaki montre en creux et de manière très humoristique deux éléments primordiaux de la société japonaise : l’évolution galopante des pensées et la réaction morale d’une bourgeoisie qui n’a, semble-t-il, rien d’autre à faire que de critiquer les travers de ses domestiques. En se mettant volontairement dans une posture de maître bienveillant quoique parfois colérique, on voit Tanizaki rire sous cape de ce Japon qui ne veut pas voir la vague de la modernité arriver.