Chronique Anselm Kiefer de Sous la direction de Marie Minssieux

Isabelle Theillet Librairie Mots & Motions (Saint-Mandé)

Artiste allemand né en 1945, reconnu dans le monde entier pour ses installations et œuvres monumentales, Anselm Kiefer donne accès pour la première fois à une partie de sa bibliothèque personnelle, à travers une exposition qu’il a conçue et installée lui-même à la BnF. Absolument fascinant !

Anselm Kiefer aurait aimé être écrivain. À l’âge de 9 ans, il avait déjà rédigé sa propre version d’un conte oriental, Marouf le cordonnier, exemplaire présent au début de l’exposition. Bien qu’il ait finalement choisi de devenir artiste, il a toujours énormément lu (il a une bibliothèque personnelle de plus de 12 000 livres). Il collectionne des livres de bibliophilie qui lui servent d’outils de travail. Il écrit en permanence et tient un journal au quotidien depuis 1963. Il est très attaché aux écrits de Jean Genet, Ingeborg Bachmann, Roland Barthes ou Céline, dans lesquels il puise ses sources d’inspiration. Celui dont il se sent le plus proche est le poète Paul Celan, qui, comme lui, a cherché d’autres modes d’expression artistique pour pouvoir continuer à créer après l’Holocauste. Premier artiste ayant participé en 2007 à la manifestation Monumenta qui permet à une œuvre contemporaine d’investir toute la nef du Grand Palais à Paris, Anselm Kiefer nous fait un immense cadeau en donnant cette fois accès à une partie de sa bibliothèque artistique : des livres qu’il a créés depuis 1968, objets d’art uniques réalisés dans des matériaux incroyables. Argile, sable, craie, bois, plâtre, suie, cheveux, plantes, terre, collage photographique, aquarelles, et plomb, sa matière favorite, qui l’apparente aux alchimistes. Des livres aux pages de plomb, impossibles à feuilleter et à lire, trop lourds, « des paradoxes parfaits, une dissimulation totale, une allusion à la dialectique de l’être et du néant », pour citer quelques mots de l’artiste. La scénographie retenue par l’artiste est une œuvre en soi. Olivier Cena, journaliste à Télérama, compare la salle à une cathédrale. Une pièce tout en longueur peinte en blanc et haute sous plafond. À l’entrée, des étagères et des boîtes métalliques contenant des livres gigantesques. Au milieu de la salle, des livres ouverts sous vitrines. Sur les côtés, comme des chapelles, des niches avec des installations. Au fond de la salle, un immense tableau représentant la mer avec, au milieu, un lourd livre de plomb grand ouvert. Si on ne comprend pas d’emblée toutes les références littéraires, philosophiques ou historiques, notamment celles relatives à la culture juive et à la Kabbale, peu importe, il suffit de laisser parler son émotion. L’intérêt du catalogue de l’exposition est de ne pas reprendre à l’identique les installations et le déroulé de l’exposition, mais au contraire de nous montrer d’autres contenus livresques. Bien qu’il soit toujours plus impressionnant de voir les œuvres « en vrai » compte-tenu des nombreux effets de matière, la qualité des photos est remarquable. Les textes de Marie Minssieux-Chamonard, Dominique Baqué, Jean-Luc Nancy, et l’entretien entre l’artiste et l’écrivain autrichien Christoph Ransmayr, constituent de riches compléments. Courez voir cette exposition unique et offrez-vous le catalogue, après que « l’alchimie émotionnelle » aura opéré sur vous.

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