Entretien Voici venir les rêveurs de Imbolo MBue

  • Imbolo MBue
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sarah Tardy
  • Coll. «NULL»
  • Belfond
  • 18/08/2016
  • 300 p., 21 €
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Coline Hugel Coline Hugel Librairie La Colline aux Livres (Bergerac)

« L’Amérique a quelque chose à offrir à tout le monde ! » C’est cette croyance qui amène des milliers de personnes venant du monde entier à venir tenter leur chance aux États-Unis. C’est cet espoir qui donne l’élan à Jende, jeune Camerounais, de quitter son pays et sa famille et tenter de vivre l’American dream.

Jende, jeune homme volontaire et raisonnablement ambitieux, quitte son Cameroun natal pour se rendre aux États-Unis dans l’espoir de faire fortune, ou du moins de gagner de quoi faire vivre sa famille. Accueilli par son cousin et d’autres membres de sa communauté, il fait rapidement venir sa femme Neni et son petit garçon Liomi. Mais la vie n’est pas si facile que ça pour les Noirs en Amérique, surtout pour ceux qui n’ont pas réussi à obtenir le sésame pour pouvoir y vivre en toute sérénité : cette fameuse « Green Card ». Alors Jende triche un peu, il invente d’anciens emplois pour fournir de bonnes références et réussit à se faire embaucher comme chauffeur d’un homme très riche et très influent, bien placé dans les méandres de Wall Street. Entre les deux hommes, une étonnante amitié naît, une amitié qui se révèlera durable et sincère. Mais suffira-t-elle à permettre à Jende et sa famille de rester sur le territoire américain ? Un joli premier roman, drôle et réaliste.

 

Votre livre raconte l’arrivée et l’installation d’un jeune homme camerounais aux États-Unis. Quelle part de votre histoire personnelle a influencé votre écriture ?
Imbolo Mbue — Comme les personnages africains de mon roman, je viens du Cameroun, de la ville de Limbe. J’ai habité Harlem dans le même genre d’appartement que Jende et Neni et je suis aussi arrivée aux États-Unis dans le but de trouver du travail. Mais j’ai pu passer mon bac, aller à l’université et obtenir ma maîtrise. J’ai eu plus de chance qu’eux. Malgré cela, j’ai connu la même pauvreté. L’histoire que je raconte n’est pas seulement basée sur mon expérience, c’est aussi celle de nombreux étrangers que j’ai rencontrés.

Vous montrez la rencontre entre deux hommes issus de milieux radicalement opposés : l’un est très riche, blanc, installé socialement, l’autre est noir, récemment arrivé aux États-Unis, pauvre. Ce type de rencontre est-il vraiment possible en dehors d’un roman ?
I. M. — Ce type de rencontre est tout à fait possible dans une ville comme New York, où il y a beaucoup d’immigrants qui travaillent pour de riches Américains. Bien sûr, tous les employeurs ne témoignent pas d’autant de gentillesse envers leur chauffeur, leur bonne ou leur jardinier, que Clark au début du livre, mais cette curiosité qu’il montre à l’égard des origines de Jende est tout à fait crédible. Malgré cela, il est évident que chacun reste à sa place et j’espère que le roman montre bien comment cette notion de classe et de race est forte aux États-Unis, comme dans tout autre pays du monde.

Jende lutte pour rester sur le territoire américain. Est-ce vraiment un but à obtenir à tout prix pour lui ? N’a-t-il vraiment aucun avenir au Cameroun ?
I. M. — Il est très difficile de sortir de la pauvreté au Cameroun. Quelqu’un comme Jende, qui naît dans une famille pauvre et qui n’arrive pas à avoir une bonne éducation, restera vraisemblablement pauvre toute sa vie. Mais, aux États-Unis, même s’il est difficile de s’élever socialement, il y a beaucoup plus d’opportunités. C’est pour cette raison que Jende lutte pour rester en Amérique avec sa famille.

Il y a un contraste important entre cette famille extrêmement riche mais malheureuse, et l’autre, terriblement pauvre mais qui vit dans l’amour, le partage, la joie. Est-ce à dire que les deux extrêmes vont forcément ensemble ? Est-ce particulier aux États-Unis ?
I. M. — Je ne crois pas que la famille pauvre soit vraiment plus heureuse. Les deux familles ont leurs bonheurs et leurs malheurs. Comme le dit Tolstoï : « Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon » (Anna Karénine). La famille camerounaise doit faire face à beaucoup de problèmes concrets. Ils n’ont pas de papiers et ne voient pas comment ils vont réussir à les obtenir. Ils manquent d’argent pour assurer le quotidien, et tous deux, le mari et la femme, luttent chacun à leur manière pour tenter de trouver des solutions. La famille américaine est malheureuse, bien sûr, mais ils ont aussi leurs moments de grâce. La différence entre les deux familles c’est la façon qu’ils ont d’aborder les problèmes. Je crois que c’est une question de culture. Tout n’est pas noir ou blanc. C’est beaucoup plus complexe que cela.

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