Chronique Blue note de Richard Havers

  • Richard Havers
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christian Gauffre
  • Textuel
  • 29/10/2014
  • 416 p., 59 €

Coline Hugel Librairie La Colline aux Livres (Bergerac)

Foncez chez votre disquaire préféré et dévalisez son rayon jazz (la plupart des classiques du Blue Note sont réédités à petit prix chez Disconform), la lecture de ce très beau livre, édité pour les 75 ans du label, nécessite absolument une bande-son aux petits oignons.

Né en 1939 de l’association entre Alfred Lion, producteur, et Francis Wolff, photographe, tous deux Juifs d’Allemagne ayant fui la montée du nazisme, Blue Note est le label de jazz par excellence. « Blue Note, c’est un état d’esprit ; pas juste une maison de disques. Blue Note représente l’intégrité et la liberté, deux choses essentielles pour tout musicien car c’est quand on évolue en liberté qu’on peut innover », dit Robert Glasper, étoile montante du jazz nouvelle génération. Bien ancré dans la vie new-yorkaise, c’est pourtant à Berlin que naissent les racines du label, avec la rencontre entre Lion et Wolff et leur initiation à cette musique honnie par le régime nazi. Pour ce dernier, les Juifs jouent « un rôle trop important d’intermédiaires, agents et managers, et [sont] en quelque sorte responsables de la corruption de la jeunesse allemande ». On comprend vite la nécessité de partir. Arrivés aux États-Unis, les deux amis vont rapidement fréquenter les meilleurs clubs pour écouter leur chère musique. Leurs premiers pas dans la production se feront avec les deux pianistes Albert Ammons et Meade Lux Lewis. Il ne faudra que six enregistrements pour que le label connaisse son premier succès, une relecture du « Summertime » de Gershwin par Sidney Bechet. Et c’est le début d’une fabuleuse histoire qui continue encore de nos jours. Blue Note aura signé les plus grands noms, de l’incontournable John Coltrane (ah l’exceptionnel Blue Train !) à l’immense Thelonious Monk, en passant par les non moins merveilleux Miles Davis, Art Blakey, Bud Powell, Paul Chambers ou Herbie Hancock, parmi tant d’autres. Le label est aujourd’hui toujours aussi actif et renommé, il suffit de voir la réussite spectaculaire de l’album de Norah Jones, Come away with me, sorti en 2002 (qui s’est vendu à plus de 25 millions d’exemplaires !), ou l’avenir prometteur du dernier album de Gregory Porter, sorti l’an dernier et qui a reçu le Grammy Award du meilleur album de jazz vocal de l’année 2014. Il fallait donc un bel écrin pour raconter cette belle histoire, et c’est chose faite avec ce très gros et très beau livre, qui retrace l’histoire et feuillette le catalogue impressionnant de cette maison mythique. Très largement illustré par les photos et les planches-contacts de Francis Wolff et les pochettes de disques conçues par Reid Miles, il ravira les fans et donnera envie aux novices de découvrir cette musique. Don Was, actuel président de Blue Note, raconte l’importance que ce label et cette musique ont eu pour lui : « On aurait tout donné pour être comme ces types sur les pochettes : porter des costumes cool et passer nos journées entre les murs noirs du studio Van Gelder, entourés de saxophones, de fumée de cigarettes et de micros visiblement très coûteux. Rien que d’avoir ces pochettes entre les mains, on se sentait déjà plus cool ! ». Longue vie à Blue Note !

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