Chronique Les Collines d’eucalyptus de Duong Thu Huong

Coline Hugel Librairie La Colline aux Livres (Bergerac)

Depuis des années, Duong Thu Huong prouve son immense talent de conteuse. Les Collines d’eucalyptus en est une nouvelle démonstration. L’auteure nous y balade d’histoire en histoire, de vie en vie, de passion en amour. Un beau voyage pour parler d’un beau pays, le Viêt Nam, qu’elle montre tel qu’il est : sauvage, dur, violent et magnifique.

Rappelez-vous dans son précédent livre Sanctuaire du cœur (Le Livre de Poche, 2013), Duong Thu Huong racontait l’histoire de Thanh, beau jeune homme promis à un bel avenir, qui fugue une nuit avec l’argent de ses parents en compagnie du fils du poète du village. Après de très nombreuses péripéties, on retrouvait Thanh à Nha Trang, station balnéaire branchée où il vivait comme « homme de compagnie » – autrement dit, comme gigolo – d’une dame du double de son âge. C’était un des chemins possibles, une des vies éventuelles. Dans Les Collines d’eucalyptus, une autre alternative se présente. Quand l’histoire commence, Thanh est en prison depuis quelque temps. On ne sait pas encore ce qui l’y a conduit, on découvre seulement avec lui l’horreur de la vie dans ce lieu de non-vie. Nous sommes à la fin des années 1980, et pourtant on a l’impression d’être à un autre siècle... Les journées sont rythmées par les arrivées de nourriture (qui ne nourrissent guère), les parties de cartes, les passages à tabac entre prisonniers et les exécutions. Parfois, les prisonniers sont emmenés à la corvée de bois ou aux champs. Bruits, odeurs, événements, font ressurgir les souvenirs et incitent Thanh à nous raconter son histoire. Ils s’en est passé des choses depuis qu’il s’est enfui de son village en compagnie du garçon dont il est tombé amoureux. Il a fui car il ne pouvait plus cacher son homosexualité à sa famille et qu’il ne voulait pas lui faire honte. Manipulateur, voleur, menteur, Phu Vuong se révèle impossible à vivre au quotidien, et la vie à deux que Thanh rêvait idyllique devient très rapidement un cauchemar. C’est à ce moment-là qu’il fait la connaissance du beau Tiên Lai... Avec une grande intelligence et un talent incroyable, Duong Thu Huong montre un Viêt Nam bien loin de celui des cartes postales, un Viêt Nam gangrené par son histoire communiste, un Viêt Nam de haines et d’amours. Quand on lui demande pourquoi elle écrit, Duong Thu Huong répond un bref, et néanmoins lourd de sous-entendus : « Pour me sauver ». Quand on sait par quelles épreuves elle est passée, on comprend. Investie dans la lutte pour la démocratie et la liberté dans ce pays communiste qu’est encore le Viêt Nam, elle a largement subi les attaques du gouvernement, allant même jusqu’à passer plusieurs mois en prison. « La littérature est pour moi le plaisir et l’enfer. » Un plaisir puisqu’elle lui permet de se « libérer des pressions internes », de dénoncer un système dictatorial, de raconter le quotidien d’une population souvent opprimée. Un enfer car elle doit l’obliger à se replonger dans ce pays qu’elle a choisi de fuir en 2006. « Au Viêt Nam, il n’y a pas de frontière entre la littérature et la politique à cause de cet engagement nécessaire du lettré. Cela explique la grande estime dans laquelle les Vietnamiens tiennent les poètes et les écrivains. Le pouvoir les craint pour cette même raison » explique Phan Huy Duong, traducteur pour les éditions Philippe Picquier. « Ma lutte est ma vie », termine Duong Thu Huong. Tout est dit.

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