Chronique Le Bruit de tes pas de Valentina D’Urbano

Charlène Busalli Librairie du Tramway (Lyon)

À seulement 28 ans, la jeune illustratrice de livres pour enfants Valentina D’Urbano compose un premier roman d’une force éblouissante, servi par une poésie tout en retenue. Le Bruit de tes pas est sans aucun doute l’un des livres les plus bouleversants de la rentrée !

« Ici, tout a un surnom. L’église, c’est la Pagode. Le quartier, c’est la Forteresse. Et nous, on était les jumeaux. » C’est ainsi que Beatrice, la narratrice, présente en quelques mots les lieux et les protagonistes de la tragédie des temps modernes que le lecteur s’apprête à découvrir. Le livre s’ouvre un 24 juin 1987 sur l’enterrement d’Alfredo, celui-là même que tout le monde considérait comme le jumeau de Beatrice. La suite du roman raconte cette enfance à deux, l’enfance de deux presque frère et sœur, jusqu’à ce que l’adolescence fasse naître chez ces deux gamins des sentiments beaucoup plus complexes. Pas facile de grandir dans une banlieue de béton de l’Italie des années de plomb, sans un sou en poche, en ayant à faire face aux fléaux du quotidien que sont l’alcool, la brutalité parentale et la drogue. Beatrice et Alfredo en feront les frais.Valentina D’Urbano donne vie à des personnages plus attachants les uns que les autres, avec leurs défauts et leurs faiblesses. Ce sont d’abord les parents de Beatrice, qui accueillent Alfredo chez eux comme s’il était leur propre fils. Il y a aussi son frère, Francesco, et sa meilleure amie, Arianna, qui tombent amoureux presque malgré eux. Et puis il y a le père d’Alfredo, alcoolique violent qui bat ses trois fils depuis la mort de sa femme et qui finira par en payer le prix. Le roman déploie la fresque vivante d’un quartier fermé sur lui-même, qui semble ignorer le reste du pays et que le reste du pays ignore. Mais c’est avant tout la colère de Beatrice qui donne sa force au roman. Colère d’éprouver un attachement viscéral à « ce quartier infect d’immeubles délabrés et de rues poussiéreuses à l’asphalte dévoré par les ans », un quartier auquel elle n’arrive pas à se soustraire et qui semble la condamner à une vie de misère. Colère aussi de ne pouvoir maîtriser des sentiments qui la font se sentir prisonnière d’une vie dont elle ne veut pas. Colère de n’avoir jamais réellement su dire ce qu’elle éprouvait à la personne qu’elle aimait pourtant le plus au monde. Colère enfin de n’avoir pas su rendre Alfredo heureux, pas même assez pour qu’il reste en vie. Malgré les apparences, ce n’est pas une lente descente aux enfers que Valentina D’Urbano décrit. L’auteure laisse plutôt entendre la voix d’une jeune fille qui ne renonce pas, malgré tout. Car si l’on est tenté de verser quelques larmes à la lecture de ce livre, c’est avant tout l’image de battante de Beatrice qui reste à l’esprit. Loin de se laisser aller au désespoir, la jeune fille gardera toujours sa rage de vivre. La colère qu’elle ressent n’est pas une colère dévastatrice, elle est simplement ce qui l’empêche de sombrer dans la culpabilité et le désespoir. Le Bruit de tes pas est un livre coup de poing magnifiquement écrit et à la portée universelle. On se doit d’ailleurs de saluer le remarquable travail de traduction de Nathalie Bauer, qui a su transcrire la puissance poétique du texte original dans notre langue.

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