Chronique L’Herbe maudite de Anne Enright

  • Anne Enright
  • Traduit de l’anglais (Irlande) par Isabelle Reinharez
  • Coll. «NULL»
  • Actes Sud
  • 01/03/2017
  • 320 p., 22.80 €
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Charlène Busalli Librairie du Tramway (Lyon)

Anne Enright livre un beau roman familial qui, par une construction habile, nous entraîne des années 1980 aux années 2000, aux côtés de personnages dont les vies minuscules en disent long sur l’Irlande contemporaine.

C’est par Hanna que débute le portrait des Madigan esquissé touche par touche. La petite fille se met en route pour aller chercher les médicaments de sa mère qui garde le lit depuis que son aîné Dan a annoncé sa décision de devenir prêtre. Dix ans plus tard, on retrouve Dan à New York en train de vivre ses premiers émois homosexuels, auxquels l’arrivée du sida coupera court. Encore quelques années et ce sera au tour de leur sœur, Constance, de connaître une belle frayeur médicale, lorsqu’elle devra faire vérifier une grosseur au sein. Quant à leur frère Emmet, on le découvre au début des années 2000 en mission humanitaire au Mali, confronté à de banales querelles de couple. En 2005, leur mère Rosaleen annonce qu’elle a décidé de vendre la maison familiale. Tout ce petit monde se réunit alors à Ardeevin afin d’y passer ensemble un dernier Noël. Entre une Hanna de 37 ans devenue alcoolique, une Constance à fleur de peau, un Dan nouvellement fiancé, un Emmet qui ne s’est jamais vraiment remis de la mort de leur père, et une Rosaleen déçue par ses enfants, la réunion de famille promet d’être folklorique… et elle le sera. Grâce à sa plume concise et délicate, Anne Enright transmet une compassion communicative pour ses personnages, dont elle décrit patiemment les espoirs, les maladresses, les petits bonheurs et les regrets. En filigrane de ce roman familial, c’est aussi une belle évocation de l’Irlande contemporaine qui se dévoile. Les désillusions de la génération du Tigre celtique, la place de la femme dans ce pays rural, la figure de la mère, la diaspora… autant de thèmes de prédilection de la littérature irlandaise dont Anne Enright s’amuse, sans jamais en nier la véracité profonde.

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