Chronique Bureau des spéculations de Jenny Offill

Charlène Busalli Librairie du Tramway (Lyon)

Les éditions Calmann-Lévy révèlent l’auteure américaine Jenny Offill en traduisant son étonnant second roman. Et voici ce que l’on découvre : une écriture ciselée qui porte la concision romanesque à son paroxysme.

Le sujet du roman de Jenny Offill peut paraître tout à fait banal à première vue : un mariage qui chancèle, une femme seule face à ses problèmes de couple. Tout le talent de l’auteure réside précisément dans le fait que celle-ci réussit, à partir d’une matière romanesque a priori inconsistante, à écrire un grand livre qui nous bouscule et nous interroge. Et elle y parvient grâce à une écriture fragmentaire, épurée, qui nous livre les pensées et les sentiments d’une femme tourmentée par son quotidien. Cette femme – qui ne sera jamais nommée – raconte sa rencontre avec l’homme qu’elle épousera, les aléas de la vie à deux, puis les affres de la maternité, qui lui apporte pourtant une joie qu’elle ne peut expliquer. Elle divague parfois, cite Fitzgerald ou Rilke quand ses propres mots ne suffisent plus à expliquer ce qu’elle ressent. Elle nous agace et nous émeut à la fois. Puis le roman bascule à la troisième personne lorsque l’infidélité du mari se fait jour, comme si la distance était le seul moyen de se confronter à ce que la femme ne peut accepter, sans parler de le surmonter. Cette façon de s’immiscer dans les pensées les plus secrètes d’une femme rappelle Virginia Woolf et son flux de conscience, mais Jenny Offill affiche un style bien personnel avec ce roman fragmenté. Bien sûr, il s’agit d’un roman égocentrique, forcément partial puisqu’il ne laisse voir que le point de vue de la femme et non celui du mari, ni d’une quelconque autre personne de leur entourage. Mais c’est justement ce caractère introspectif qui pousse à s’interroger sur notre propre façon d’être dans nos relations avec les autres. Et la femme de citer le maître zen Ikkyü pour exprimer, peut-être, ce qui lui permettra de sauver son couple : « L’attention. L’attention. »

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