Chronique Histoire mondiale de l’anarchie de Gaetano Manfredonia, Tancrède Ramonet

CHARLÈNE BUSALLI, Librairie du Tramway, Lyon

L’auteur de L’Anarchisme en Europe (PUF, 2001) retrace l’histoire du mouvement anarchiste à travers un bel ouvrage illustré. Photographies, unes de revues libertaires, caricatures, affiches et autres documents accompagnent un texte en forme d’hommage, qui constitue une bonne introduction au mouvement égalitaire.

 

« L’égalité économique et sociale de tous dans le respect de la liberté de chacun », voilà le but fixé par les mouvements anarchistes à travers l’Histoire, et dont Gaetano Manfredonia nous offre un panorama. Cette grande fresque montre l’anarchisme dans toute sa diversité, puisqu’il ne s’agit pas seulement d’établir une société sans État, mais d’abolir « l’emprise de l’État et du capital sur l’existence de chacun et les liens sociaux imposés par la tradition – qu’ils trouvent leur origine dans le droit coutumier ou dans la religion ». C’est donc un combat sur plusieurs fronts qu’ont mené les anarchistes, prenant la défense des femmes, des enfants, des travailleurs, bref de tous les opprimés de la société capitaliste et patriarcale. L’auteur soulève les contradictions du mouvement dues à la diversité de ses engagements : entre une violence jugée inévitable pour parvenir à une société plus juste et une apologie de la non-violence, entre un profond anti-militarisme et l’engagement dans la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale, entre un internationalisme de principe et le soutien apporté aux peuples luttant pour leur indépendance. Les combats de l’anarchisme ont été d’autant plus variés qu’il ne s’agit pas d’une spécificité occidentale : il existe en Europe, mais aussi en Amérique du Sud, au Japon, en Chine et au Moyen-Orient. Gaetano Manfredonia retrace de manière chronologique les événements et courants auxquels les anarchistes ont participé : la Commune de Paris, l’essor du syndicalisme, les expériences communautaires ou encore la guerre d’Espagne. Ce faisant, il dresse le portrait des hommes et des femmes qui ont fait l’anarchisme. Certains sont restés célèbres : Proudhon, le premier à utiliser le terme d’« anarchie » dans un sens positif ; Bakounine, qui s’opposa à l’idée de Marx d’imposer le prolétariat comme classe dominante ; Louise Michel, la « Vierge rouge ». D’autres sont plus méconnus mais n’en ont pas moins été des penseurs influents, à l’instar de Voltairine de Cleyre qui affirma que « la domination et l’exploitation que subissent les femmes dans leur vie privée est à comparer avec celle que les salariés subissent sur leur lieu de travail ». L’auteur s’attarde aussi sur les organisations au sein desquelles les anarchistes ont pu se regrouper, telles que l’Association Internationale des Travailleurs, la Confédération Nationale du Travail ou les Industrial Workers of the World. Malgré les échecs, les anarchistes ont eu une influence considérable sur les avancées sociales ayant marqué le xxe siècle, qu’il s’agisse du droit du travail, de l’émancipation des femmes ou même de la reconnaissance du statut d’objecteur de conscience. Le livre est divisé en trois grandes périodes : des origines du mouvement à 1914, les deux guerres mondiales, et de 1945 à nos jours. Si l’on peut regretter que l’auteur passe rapidement sur les formes récentes du mouvement, la conclusion du livre n’en reste pas moins pertinente, revenant sur ce que l’anarchisme a apporté et ce qu’il pourra continuer à apporter, même s’il reste minoritaire.

 

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