Chronique Le Dilemme du prisonnier de Richard Powers

  • Richard Powers
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Yves Pellegrin
  • Coll. «Coll. « Lot 49 »»
  • Cherche midi
  • 22/08/2013
  • 500 p., 21.50 €

Charlène Busalli Librairie du Tramway (Lyon)

Le Cherche-Midi poursuit son travail de traduction de l’œuvre de Richard Powers en publiant le deuxième roman de l’auteur américain, Le Dilemme du prisonnier. Powers dresse le portrait génial d’une famille américaine de la classe moyenne confrontée à une bien étrange maladie.

On entre toujours dans un roman de Richard Powers avec le même plaisir, car l’on sait d’avance qu’il va nous déconcerter grâce à ce judicieux mélange d’humour noir et d’érudition dont il a le secret. Les lecteurs ne seront pas déçus par Le Dilemme du prisonnier. Après de multiples déménagements, la famille Hobson a fini par installer ses quartiers à DeKalb, dans l’Illinois. Cette petite ville se trouve être celle où a été inventé le fil barbelé, ironie du sort pour cette famille qui semble s’y trouver un peu à l’étroit. Bien que deux des enfants, Arthur et Rachel, aient réussi à s’échapper de cet oppressant séjour, le premier afin de poursuivre des études de droit, la seconde pour embrasser une carrière de statisticienne, les deux autres occupent toujours la maison familiale. Eddie Jr. n’a pas encore terminé le lycée et Lily a regagné le giron familial après un mariage éclair de dix mois. La famille se trouve réunie au grand complet lorsque les crises du père, Edward, s’intensifient. Cela fait des années que de mystérieuses syncopes le paralysent, mais ni sa femme Ailene, ni ses enfants ne parviennent à le convaincre de consulter un médecin, et le patriarche persiste à faire comme si de rien n’était. Cela ne peut pourtant pas durer ! Fort heureusement, le roman ne s’arrête pas au simple portrait d’une famille confrontée à une crise paternelle tragiquement banale. Car Edward père travaille sur un mystérieux projet du nom de Hobsville. Dans ce que son fils aîné appellera un conte, il se met lui-même en scène aux côtés du célèbre Walt Disney qui le sollicite pour devenir la vedette d’un film de grande envergure censé donner le moral au pays, alors plongé en pleine Seconde Guerre mondiale. C’est à travers cette histoire burlesque, pour ne pas dire fantasmagorique, que le lecteur comprend peu à peu l’influence que la grande Histoire a sur la petite histoire de cette famille ordinaire. On retrouve dans ce second roman des thèmes souvent abordés par Richard Powers, tels que l’influence de la technologie ou l’emprise de la société de consommation sur nos vies. Cependant, ces questions ne viennent qu’illustrer le propos général du roman, à savoir l’idée que nous vivons dans une cage dorée, à l’instar de « cette immense majorité pour laquelle tout [va] bien dès lors qu’on la [laisse] faire les magasins ». Si l’on en croit Powers, ni la culture, ni la protestation (« le dernier outil que nous laisse la société pour nous donner une sensation d’appartenance »), ni tout autre forme d’élévation qui se puisse concevoir ne pourront nous libérer de cette cage. Et quoi de plus approprié pour symboliser cette cage dorée que le mythique Walt Disney, qui a connu le succès que l’on sait durant l’une des périodes les plus sombres de l’histoire moderne en devenant « le meilleur fournisseur d’évasion hors d’une époque confuse, opaque, accablante, paralysante, d’une parfaite gravité, irréversible et effroyable » ?

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