Chronique La Frontière du loup de Sarah Hall

CHARLÈNE BUSALLI, Librairie du Tramway, Lyon

À ce jour, Sarah Hall jouit d’un succès relativement confidentiel en France. Pourtant, il suffit de lire les premières pages de son dernier livre pour prendre la pleine mesure de son talent. Un roman dans lequel elle explore les territoires que nous habitons, au sens propre comme au sens figuré.

Rachel Caine vit sur la réserve indienne des Nez-Percés, dans l’Idaho. Spécialiste du comportement des loups, elle suit de près les faits et gestes d’une meute qui évolue en liberté dans son milieu naturel. Cela fait six ans qu’elle n’est pas rentrée dans son pays natal, l’Angleterre. Mais l’occasion se présente pour elle d’y retourner quand Thomas Pennington, XI e comte d’Annerdale, lui propose de prendre la tête d’un projet directement lié à son expertise. Cet homme fantasque veut réintroduire le loup gris en Grande-Bretagne, et il compte sur l’aide d’une spécialiste telle que Rachel pour mener cette tâche à bien. Cette dernière hésite. Bien que le comte dispose du plus vaste domaine privé d’Angleterre, les loups ne seront qu’en semi-liberté, puisqu’ils seront confinés à cette seule zone sécurisée. De plus, Thomas Pennington a beau être l’un des hommes les plus influents du pays, le projet va forcément être sujet à controverse. Le dernier loup de Grande-Bretagne ayant officiellement été abattu en 1860, la population locale risque de ne pas voir d’un si bon œil la réintroduction du prédateur. Rachel finit néanmoins par accepter. Sur fond de référendum sur l’indépendance écossaise, elle s’installe dans le petit cottage que le comte a mis à sa disposition sur sa propriété, dans le Cumbria. Le comté étant limitrophe de l’Écosse, la question de l’indépendance intéresse tout particulièrement les locaux. La région des lacs célébrée par les poètes romantiques anglais est bien loin de Londres et, au sein de ces paysages idylliques qui n’ont rien à envier aux Highlands écossais, tous ne sont pas hostiles à la volonté de leurs voisins d’opérer un changement politique radical. Outre l’actualité électorale, Rachel a bien d’autres sujets de préoccupation. D’abord, elle doit préparer l’arrivée du couple de loups en provenance de Roumanie, puis veiller à ce que les animaux s’acclimatent à leur nouvel environnement. Mais son retour en Angleterre est aussi l’occasion pour elle de se rapprocher de sa famille, en particulier de son frère, avec qui elle est restée en froid depuis son départ. D’autant plus que, après une aventure d’un soir, elle se retrouve enceinte, et elle décide de garder le bébé. Ce qui fait remonter à la surface la relation problématique qu’elle et son frère ont eue avec leur mère. Il est rare de lire un roman qui interroge dans un même élan autant d’aspects de nos vies : notre rapport à la famille, notre sexualité, la façon dont nous appréhendons le climat politique, ou encore notre attachement aux lieux que nous habitons. Car, tout comme les loups qui sont au cœur de ce roman, nous aspirons tous à occuper un territoire qui nous corresponde, autrement dit : un chez-soi, à la fois métaphorique et géographique. Avec ce cinquième roman, Sarah Hall signe non seulement un grand livre sur la Grande-Bretagne contemporaine, mais aussi un sublime questionnement sur notre manière d’être au monde. ◼

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