Chronique Fantastique ! de Valérie Sueur-Hermel

Charlène Busalli Librairie du Tramway (Lyon)

Jusqu’au 17 janvier prochain, le Petit Palais présente une exposition dédiée à l’estampe fantastique au xixe siècle. Le catalogue qui accompagne cet événement offre à voir une centaine d’illustrations commentées, toutes plus splendides les unes que les autres.

Fantastique ! C’est bien le mot qui vient à l’esprit en tournant les pages de l’ouvrage que propose Valérie Sueur-Hermel, conservateur en chef au département des Estampes et de la Photographie à la Bibliothèque nationale de France. Comme le dit l’auteure elle-même, l’estampe fantastique est « le fil noir du romantisme au xixe siècle ». C’est donc à travers trois grandes parties, chacune consacrée à l’une des trois générations de romantiques, que l’on découvre les maîtres de la gravure et de la lithographie. Des « Caprices » de Goya aux célèbres illustrations de Gustave Doré, en passant par les lithographies dites « à la manière noire » de Delacroix, on plonge avec fascination dans les visions fantasmagoriques offertes par les plus grands artistes du genre. C’est bien sûr l’encre noire qui attire l’œil en premier lieu. Les mots d’Odilon Redon sont d’une vérité criante : « Il faut respecter le noir. Rien ne le prostitue ». Un noir qui était tout désigné pour esquisser les démons, les cauchemars, et autres scènes macabres qui peuplent ces œuvres. Plusieurs motifs sont récurrents : la mort, très souvent représentée sous forme de squelette, le diable, le rêve, ou encore le pendu. Si les graveurs ont pu autant s’influencer les uns les autres au fil du siècle, c’est précisément grâce à la faculté de multiplication des estampes qu’implique cet art particulier. Ce n’est pas un hasard si Tzvetan Todorov, auteur de la désormais célèbre Introduction à la littérature fantastique (Points), signe la préface de ce catalogue d’exposition. Les graveurs ont certes été influencés par les arts visuels – « Le Cauchemar » de Füssli ayant par exemple marqué de nombreux artistes –, mais ils ont également souvent puisé leur inspiration dans la littérature. On pense bien sûr à Gustave Doré qui a illustré Dante, Rabelais, Balzac et beaucoup d’autres, mais ce fut le cas également pour de nombreux autres graveurs. Ainsi, Delacroix a réalisé de superbes illustrations d’après Macbeth de Shakespeare ou le Faust de Goethe. Louis Boulanger et Célestin Nanteuil ont, quant à eux, été très inspirés par les œuvres de Victor Hugo. D’ailleurs, on apprend dans ce livre que l’auteur des Misérables a lui-même produit un certain nombre de dessins qui ont pu circuler grâce à la gravure. Outre l’aspect esthétique et les détails sur l’évolution des trois courants romantiques, une troisième caractéristique rend ce livre particulièrement intéressant : le fait que Valérie Sueur-Hermel explique de manière claire et précise les différentes techniques expérimentées par les artistes – eau-forte, gravure de teinte, lithographie. La remarquable qualité des reproductions et la pertinence du texte qui les accompagne font de cet ouvrage un bijou pour les amoureux du fantastique.

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