Dossier Arlequin, Charlot, Guignol & Cie de Bénédicte Rivière

Aurélia Durandal

S’il en est pour critiquer un assujettissement trop grand des jeunes à l’image et aux spectacles, c’est oublier un peu vite que ces loisirs, à l’instar de la littérature, servent aussi à comprendre le monde en donnant accès à des cultures, des points de vue ou des temps éloignés de leurs spectateurs.

Pour beaucoup, aller au théâtre ou au cinéma, c’est se changer les idées, s’évader… On ne se rend donc pas toujours compte à quel point cette prise de recul avec notre quotidien peut nous être bénéfique : on y découvre des univers jusqu’alors inconnus grâce à la sensibilité singulière d’un réalisateur ou d’un auteur. Ainsi nous nous forgeons, sinon un esprit critique, du moins une culture générale qui permet d’avancer mieux armés dans la vie, ayant eu accès à une vision du monde plus riche que celle de certains de nos pairs. La langue française est truffée d’expressions cocasses. Quelle surprise alors de découvrir que nombre d’entre elles sont tirées de personnages fameux du répertoire théâtral. À la manière d’un dictionnaire, Arlequin, Charlot, Guignol & Cie permet de mieux comprendre notre langue et d’expliquer comment des personnages sont devenus l’allégorie d’un trait de caractère. D’Arlequin à Ubu, des Branquignols à Polichinelle, les exemples ne manquent pas de termes passés dans la langue courante que nous employons à plus ou moins bon escient. Aussi, le travail de Bénédicte Rivière et de Gérard Dubois est-il salutaire. Tandis que l’une restitue le contexte dans lequel le personnage est né et ce qu’il symbolise, sans oublier de nous donner des exemples clairs, l’illustrateur en donne une représentation universelle, celle qui s’est gravée dans l’imaginaire collectif, précise et floue à la fois. De par son esthétique soignée, ce livre est autant un outil pour mieux comprendre la langue qu’une entrée insolite dans le répertoire des arts vivants. Le cinéma est une autre manière originale d’appréhender le monde. Loin d’être une pratique passive, le 7e art nous donne autant de clés sur notre histoire que sur notre société contemporaine. À ceux qui critiquent la représentation de certains thèmes, comme la violence dans les films, on répondra que l’idée d’un réalisateur est rarement de produire un spectacle gratuit. Au contraire, la plupart des artistes s’engagent, dénoncent ou s’attachent à déconcerter. C’est ce qu’Antoine de Baecque et Pierre Guislain mettent en évidence dans le très réussi Objectif Cinéma, ouvrage à destination des amoureux du cinéma, sans distinction d’âge, proposant à la fois des analyses de films, des interviews de réalisateurs contemporains d’horizons variés, des focus techniques ainsi qu’un glossaire des termes et des métiers, le tout serti par une iconographie incroyable, donnant envie de voir et revoir chacun des films mentionnés. Quelle joie de parcourir de tels livres qui, en plus de donner accès aux jeunes à de vrais beaux livres comme leurs aînés, leur permettent de découvrir que les documentaires qui leur sont destinés ne se limitent plus seulement à l’histoire, la géographie ou d’autres thèmes traditionnels, mais qu’ils peuvent comprendre tout ça au travers de formes artistiques qui leurs sont proches et que, peu à peu, les adultes tendent à légitimer. Un conseil, offrez ces livres et faites-les vous prêter par vos enfants !

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