Entretien Swimming Pool de Sarah Crossan

  • Sarah Crossan
  • Traduit de l’anglais (Irlande) par Clémentine Beauvais
  • Coll. «NULL»
  • Rageot
  • 16/05/2018
  • 14 p., 9 €
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Sarah Crossan a conquis de très nombreux libraires et lecteurs l’an dernier avec son roman écrit en vers libres, Inséparables. Rageot publie cette année le tout premier texte de l’auteure, Swimming Pool. Un roman qui parle avec une justesse rare d’intégration et de confiance en soi.

Kasienka et sa mère – Mama – quittent la Pologne pour Coventry, en Angleterre. Si Mama a la ferme intention de retrouver son mari parti là-bas quelques mois plus tôt, Kasienka voudrait se fondre dans la masse de collégiens qu’elle côtoie. Elle assume mal d’avoir été scolarisée en sixième alors qu’elle a 13 ans. Elle ne veut pas faire partie de ceux qui ont des « besoins éducatifs spécifiques », elle ne veut pas être celle que l’on remarque mais tout est prétexte pour qu’elle soit prise à parti – ses vêtements, son sac, son odeur, sa coupe de cheveux… Kasienka va rencontrer William et s’investir dans la natation. Cette discipline va lui permettre de trouver son chemin et même de renouer avec ses parents. Sarah Crossan mêle avec une virtuosité certaine les thèmes de l’exclusion, du harcèlement et de l’immigration. Elle dit – en vers – toute la difficulté d’être étranger dans un pays différent du sien. Kasienka est un personnage féminin fort qui ne se laisse jamais abattre, on aimerait la connaître !

 

PAGE — Comment est né le personnage de Kasienka ? Pouvez-vous nous parler de la genèse de Swimming Pool ?
Sarah Crossan — Ça a été un processus très naturel. Le personnage de Kasienka est venu à moi entièrement, complètement formé. Kasienka est une fille qui fait face à de nombreuses épreuves mais qui, en même temps, est très forte. C’est une fille que j’aurais peut-être aimé être à l’époque. Enfant, j’étais moi-même une immigrante venue d’Irlande pour s’installer en Angleterre. J’étais donc bien placée pour comprendre Kasienka et ce par quoi elle devait passer.

P. — Inséparables a connu un grand succès et inaugurait en France le genre du novel in verse (roman en vers libres) – c’est en effet un genre très nouveau ici ! Swimming Pool est quant à lui votre tout premier texte publié, le deuxième traduit en français et il est également écrit en vers. Pourquoi ce genre littéraire ?
S. C. — J’adore la forme du vers libre. C’est une façon pour moi d’aller à l’essentiel dans une histoire. Cela permet de créer de l’espace libre entre les pages pour que le lecteur puisse faire partie du processus créatif. J’ai d’abord découvert cette forme d’écriture quand je vivais à New York et que je travaillais comme enseignante. Aux États-Unis, le vers libre est très présent dans la littérature.

P. — Je sais que vous écrivez aussi en prose. Avez-vous une préférence pour l’un ou l’autre et comment se fait le choix de ce mode d’écriture ?
S. C. — Quand j’écris, je fais souvent des allers-retours entre les deux formes. Je le fais jusqu’à ce que je trouve celle qui convient le mieux à mon histoire. Je ne préfère ni la prose ni le vers libre. Ce sont vraiment deux formes d’écriture exigeantes. Le vers libre demande plus de temps et je dois vraiment être d’humeur pour le détail et la mélodie les jours où j’écris en vers libres.

P. — Vous parlez du harcèlement avec une justesse rare. En avez-vous souffert ?
S. C. — Je pense que nous avons tous subi le harcèlement d’une manière ou d’une autre. J’étais une enfant irlandaise au Royaume-Uni à une période où tous les Irlandais étaient considérés comme des terroristes. Cette situation a eu un impact considérable sur moi. Les enfants peuvent être cruels et directs. J’ai néanmoins noué des amitiés en étant moi-même. Je ne pense pas que les harceleurs gagnent à la fin.

P. — Vous traitez également de la solitude avec une émotion très forte. Aviez-vous à cœur d’aborder ces sujets et/ou de faire passer un message par rapport à cela ?
S. C. — Tout mon travail tourne autour de l’amour et du sentiment d’appartenance. C’est ce que chaque personne recherche dans sa vie. Le sentiment de solitude représente l’échec ultime alors que c’est incroyablement commun et surtout nécessaire pour notre épanouissement. Je suppose que pour les enfants, le message est que la solitude ne dure pas et que nous sommes nos propres héros.

P. — Avez-vous toujours voulu écrire ? Pourquoi pour la jeunesse et les jeunes adultes ?
S. C. — J’aime l’idée d’écrire sur un moment précis dans la vie d’un adolescent, surtout quand il découvre que les adultes ne savent pas tout et qu’il doit être son propre guide. Cela donne beaucoup de matière pour écrire, comme les drames personnels et les luttes internes avec soi-même. Je continue d’aimer écrire sur cette période.

Gaëlle Farre Librairie Maupetit (Marseille)

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