Chronique Goodbye Berlin de Wolfgang Herrndorf

Ce qui fait le sel de la vie c’est la rencontre avec l’ami, le compagnon de route, celui avec lequel on partage un bout de vie, d’aventure, avec lequel on rit, on pleure, on ose, on se surpasse et on sort de sa coquille… C’est ce que l’on trouve dans cet excellent roman à la fois joyeux, tendre et grave.

Premier chapitre : on n’a pas le temps de faire connaissance avec les personnages que l’on a déjà conscience d’être au terme d’une folle épopée. Maik est « chez les flics » et se demande où est Tschick, qui n’aurait plus qu’une jambe. L’auteur nous plonge au cœur d’une intrigue hautement addictive. Qu’ont fait Maik et Tschick pour en arriver là ? Wolfgang Herrndorf va faire remonter le temps à ses héros… et au lecteur. Maik est un ado gauche à la vie morne. Son père est un agent immobilier en faillite qui préfère passer ses vacances avec sa maîtresse plutôt que de s’occuper de son fils ou de sa femme alcoolique qui enchaîne les séjours en centre de désintoxication. Un matin, Tschick débarque au collège de Maik. Personnage énigmatique, peu loquace et manifestement saoul, celui-ci attire l’attention, forcément. Leur alliance est improbable, mais Maik et Tschick ont en commun une fragilité – qu’ils se gardent bien de montrer – et un appétit de vivre qui scellent leur amitié. Si bien qu’une fois les premiers mots échangés, ils ne se quittent plus, ou presque, et se mettent en tête d’atteindre la Valachie (l’une des trois principautés médiévales à l’origine de la Roumanie) à bord d’une Lada passablement délabrée. Ils rencontrent sur leur chemin, depuis Berlin, des personnages un peu dingues, comme les Friedemann, une famille vraiment loufoque, Isa, une ado de leur âge « super dégoûtante » et une femme-hippopotame qui flanque Tschick par terre. Ajoutons à cela la police qui est à leurs trousses et les hôpitaux qui seront des passages obligés entre les divers accidents dont ils seront victimes, et l’on obtient un road trip complètement fou.

Avec Goodbye Berlin, on fait un drôle de voyage en compagnie de deux adolescents attachants, en suivant leurs pérégrinations à travers l’Allemagne, sans jamais savoir où l’on est vraiment et si le voyage aura une fin. Après ça, les vies de Maik et Tschick ne seront plus les mêmes. L’amitié qui naît et grandit entre eux est de celles qui marquent une vie. Rare et précieuse, c’est l’amitié qui donne des ailes, qui permet de s’accomplir, de devenir quelqu’un : celui que l’on veut être. Goodbye Berlin est mené tambour battant et ce livre autant que son rythme m’ont terriblement enthousiasmée. C’est l’un de ces romans où tout est réuni pour marquer le lecteur durablement : qualité d’écriture, profondeur psychologique des personnages, suspense, humour… Mais attention, sous couvert de drôlerie et de rencontres farfelues, le roman ne manque pas de réflexion. Sans tout révéler, on peut dire que la fin est grave et l’avenir incertain ; mais de terne et triste, les quotidiens de Maik et Tschick sont devenus extraordinaires. Goodbye Berlin connaît un succès considérable depuis sa sortie en Allemagne et je lui souhaite d’en connaître autant en France ! Si vous souhaitez en savoir plus sur le roman et son auteur, rendez-vous sur la page Facebook qui lui est consacrée.

Par Gaëlle Farre, Librairie Maupetit, Marseille

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