Chronique On est tous faits de molécules de Susin Nielsen

Céline Bouju Librairie Doucet (Le Mans)

On est tous faits de molécules est le quatrième roman de la Canadienne Susin Nielsen. Comme les précédents, ce texte allie remarquablement humour et sérieux. Avec son style inimitable, Susin Nielsen dresse le portrait de personnages criants de vérité, au cœur d’une histoire familiale touchante.

Pour Stewart, 13 ans, petit surdoué, la vie semble enfin reprendre une bonne tournure. Après avoir traversé deux années très éprouvantes suite à la maladie puis au décès de sa mère, il sait que son quotidien va retrouver un semblant de normalité. En effet, Léonard, son père, s’est remis en couple avec une femme, Catherine, et a même décidé qu’ils iraient tous les deux s’installer chez elle. Triste à l’idée de quitter son ancienne maison chargée des souvenirs liés à sa mère, le jeune garçon est néanmoins ravi de rencontrer Ashley, la fille unique de Catherine, lui qui a toujours rêvé d’avoir une sœur. Mais à sa première entrevue avec l’adolescente, il va vite déchanter : elle le rejette complètement ! Alors, en attendant que la situation s’améliore, il trouve du réconfort auprès de Schrödinger, son chat, et respire « les molécules de sa mère » sous sa couverture fétiche. À l’inverse, rien ne va plus pour Ashley, 14 ans, qui cherche plus à briller auprès de ses camarades que dans ses études. Après avoir encaissé le divorce de ses parents, appris que son père était en réalité homosexuel et qu’il allait désormais habiter dans le cabanon du jardin, elle va maintenant devoir faire face à l’arrivée de deux inconnus, Léonard, le nouveau petit ami de sa mère, et son « monstroïde » de fils, « Moll-art » comme elle l’a déjà surnommé. Plus rien à voir avec la petite vie parfaite qu’elle avait jusqu’à présent… Si seulement elle pouvait se faire « déconstiper » ! Comprenez : émanciper. Voilà le point de départ de l’histoire. Ces deux adolescents diamétralement opposés mais profondément bouleversés vont nous livrer, tour à tour, le récit de ce chamboulement total de leur quotidien. Si Stewart tente de faire des efforts, Ashley quant à elle reste très fermée et méprisante. Elle va pourtant bien devoir supporter ce frère qu’on lui a imposé. D’autant plus que, grâce aux compétences intellectuelles au-dessus de la moyenne de Stewart, les nouveaux « frère et sœur » se retrouvent dans la même classe. La force de ce roman réside clairement dans l’opposition des deux personnages. Entre Ashley l’adolescente superficielle et un peu idiote, qui prend tout au premier degré et qui pense que Slobodan Milosevic et Amin Dada sont des collègues de sa mère, et Stewart, super intelligent mais complètement largué côté relations sociales, cela donne lieu à de nombreuses incompréhensions assez savoureuses. Stewart, comme pouvait l’être Ambrose (Moi, Ambrose, roi du scrabble, Hélium), avec son franc-parler, décrit les choses avec une certaine distance. Il pose un regard innocent et naïf sur la vie qui prête bien souvent plus à rire qu’à pleurer. Cela se confirme, Susin Nielsen a un vrai don pour raconter des choses graves avec légèreté. Son humour sans pareil et sa sensibilité permettent de faire passer des sujets difficiles avec douceur. Ici l’homophobie, le deuil, la différence, ou encore la séparation des parents, sont amenés avec une grande délicatesse qui invite à la tolérance et au respect.

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