Sciences humaines
Jeanne Burgart Goutal
Faire place à l’autre
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Jeanne Burgart Goutal
Faire place à l’autre
Stock, Philosophie magazine Éditeur
16/09/2026
238 pages, 20 €
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Chronique de
Christine Lechapt
Librairie Maison du livre (Rodez) - ❤ Lu et conseillé par 1 libraire(s)
✒ Christine Lechapt
(Librairie Maison du livre, Rodez)
Comment rendre compte de l’extrême précarité des mineurs non accompagnés ? C’est tout le propos de l’essai de Jeanne Burgart Goutal, suite à son expérience militante auprès de collectifs à Marseille.
Professeure de philosophie dans les quartiers Nord de Marseille, impliquée dans l’écoféminisme et auteure de deux ouvrages à ce sujet, Jeanne Burgart Goutal est plutôt du genre à s’intéresser aux autres et aux gens qui vivent dans les marges ou dans l’ombre. C’est sans doute la raison pour laquelle, après avoir vu l’Histoire de Souleymane, le 5 octobre 2024, elle décide immédiatement de devenir bénévole dans une association d’aide aux migrants. La première qu’elle contacte est Ramina, le « réseau d’accueil des minots nos accompagnés ». Alors qu’on lui demande de raconter cette expérience dans un livre, elle se retrouve très rapidement face à un dilemme : comment parler de ces jeunes, de leur histoire et de leur quotidien quand on est une femme blanche, française, d’une quarantaine d’années ? Comment raconter ce que c’est d’avoir tout le temps peur d’être renvoyé dans son pays, de dormir dans la rue et de « buter » inexorablement sur l’inflexible administration française quand on ne sait pas, soi-même, ce que c’est d’avoir froid, faim et de ne pas dormir chaque soir dans son lit ? C’est ce que nous explique admirablement l’auteure qui convoque pour cela de nombreux travaux, dont l’excellent ouvrage de Donna Haraway, Savoirs situés. C’est l’enseignement de cette dernière qui va permettre à Jeanne Burgart Goutal de se positionner en tant qu’« alliée » de ces jeunes hommes et non en tant que « porte-parole ». Elle va donc tout faire pour ne pas écrire sur eux mais plutôt avec eux dans une relation la plus honnête et la plus égalitaire possible. Cela ne se fera pas sans difficultés, sans déchirements ou sans faux pas mais on ne peut qu’admirer le chemin parcouru pour aller vers l’autre et pour l’aider vraiment. Une réflexion magistrale, voire essentielle, sur le militantisme.