Dossier L’Imagier Deyrolle de Collectif

Gaëlle Farre Librairie Maupetit (Marseille)

On distingue traditionnellement trois segments dans le livre de jeunesse : album, roman et documentaire. Internet et les nouvelles technologies ont bouleversé l’usage de ce dernier segment, mais l’offre éditoriale papier dans ce domaine est toujours très dynamique. De l’imagier à l’encyclopédie, en passant par l’abécédaire, les manières de représenter et de faire découvrir ne cessent en effet d’inspirer les auteurs.

En 1658 paraissait l’ouvrage qui est considéré comme le premier livre illustré destiné à la jeunesse : l’Orbis Pictus de Comenius. Contenant un abécédaire et un recueil de mots latins enrichi de vignettes, l’objet premier de cet ouvrage était de nommer et montrer. Trois siècles et demi plus tard, ce projet est toujours au cœur de nombre de publications. Depuis sa création dans les années 1830, la maison Deyrolle met à l’honneur « l’éducation par l’image ». Célèbre pour ses planches qui illustraient les leçons de choses données à l’école, celles-ci connaissent depuis quelques années un regain d’intérêt et un grand succès éditorial. Après avoir fait l’objet de recueils, de calendriers et de livres d’activités, les planches pédagogiques alimentent un imagier auquel a collaboré Gallimard Jeunesse. L’Imagier Deyrolle est un livre carré dans lequel les plus petits auront plaisir à tourner les très nombreuses pages pour découvrir plus de deux-cents images issues du catalogue Deyrolle. Des images soignées où l’on va à la découverte du monde végétal (fruits, fleurs, arbres, légumes) et animal (mammifères, animaux des mers, oiseaux). La rigueur scientifique des images et l’esthétique qui caractérise le travail de Deyrolle se retrouve dans Animaux, qui paraît chez Nathan. Les visuels retenus pour ce titre sont issus des éditions Marshall, fameuses en Angleterre pour le réalisme des dessins. Dans Animaux, les illustrations sont dynamisées par des jeux d’observation proposés au jeune lecteur. Rigueur et précision caractérisent également la série des « Inventaires illustrés » dirigée par Virginie Aladjidi et Emmanuelle Tchoukriel chez Albin Michel Jeunesse. Cette collection initiée en 2009 avec l’Inventaire illustré des animaux et qui s’est enrichie de plusieurs titres depuis (Fruits et légumes, Merveilles du monde, Arbres) accueille maintenant un splendide Atlas des animaux. Ce grand album (26 x 33 cm) réunit les portraits de deux cent cinquante animaux déclinés par continents, puis par milieux de vie (sur terre, dans l’air et dans l’eau). Les textes documentaires, courts et toujours pertinents, sont accompagnés des minutieux dessins auxquels nous a habitués Emmanuelle Tchoukriel. Formée au dessin scientifique, son goût du détail et ses aquarelles si fines font de cette série documentaire un indispensable des librairies ! Le règne animal est également à l’honneur dans la Drôle d’encyclopédie d’Adrienne Barman. La fantaisie règne en maître dans cet épais volume de plus de 200 pages qui contient des dizaines d’animaux aux traits joyeux. Adrienne Barman a regroupé les animaux par thématiques. Il y a des attributs physiques comme « Les lilliputiens » ou « Les rayés », des couleurs, « Les blanc neige », « Les rose bonbon » ou « Les vert émeraude », et des caractères insolites, comme « Les fidèles » ou « Les solitaires ». L’humour est partout dans cette encyclopédie. Les chapitres intitulés « Les rapides » et « Les sauteurs », notamment, ne manquent pas d’espièglerie. On trouve également nombre d’animaux dans Le Grand Abécédaire de Florence Guiraud, mais pas seulement. Pour chaque lettre, l’auteure a également représenté de nombreux éléments et personnages en noir et blanc. Cet abécédaire se distingue par sa grande taille et une ouverture originale à l’horizontale. Il est aussi un livre-jeu où l’enfant s’amusera à rassembler les formes blanches de leurs objets. Le figuratif n’exclue donc pas l’humour et le jeu, et il peut également revêtir un caractère philosophique ou artistique. Le temps et son déroulement sont au cœur d’Avant/Après, un album sans texte qui pose des questions quasi-métaphysiques. Un chantier suivi d’un immeuble, une chenille qui devient papillon, un œuf qui précède une poule puis une poule qui précède un œuf : l’altération due au temps est savamment interrogée et représentée. Les associations d’idées sont riches de sens et invitent à la discussion. Dans Trompe l’œil, la graphiste Cruschiform propose un véritable travail d’artiste. Elle a choisi comme fil conducteur des trous appliqués dans les pages qui relient chacun des animaux qu’elle a retenus. Les couleurs extraordinaires qu’elle utilise ainsi que la géométrie de ses représentations font de cet animalier un bel objet, graphiquement singulier. Si Internet et le numérique interrogent le monde du livre, l’offre de titres ne faiblit pas en quantité et encore moins en qualité. On trouve dans les références énumérées ici précision scientifique et pluralité des représentations, fantaisie, humour et jeu. Ils permettent un apprentissage et une réflexion facilités par la matérialité du papier. Celui-ci a encore bien des savoirs et des apprentissages à véhiculer. De plus, il permet nombre de plaisirs sensoriels qu’exclue la lecture numérique : jouer à cache-cache parmi des trous placés dans des pages, tourner les pages d’un épais imagier ou d’un album mesurant plus de 30 centimètres de hauteur, apprécier le grain d’une couverture.

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