Dossier Rideau de fer de Anne Applebaum

  • Anne Applebaum
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-Emmanuel Dauzat
  • Coll. «NULL»
  • Grasset
  • 15/10/2014
  • 608 p., 28 €
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Christine Lechapt Librairie Charlemagne (Toulon)

C’est en mars 1946, dans son discours de Fulton, que Churchill employa pour la première fois l’expression de « Rideau de fer ». Cette frontière symbolique qui sépara l’Europe en deux pendant une cinquantaine d’années, empoisonna les relations internationales et brisa la vie de millions de personnes.

Proche collaborateur de Vaclav Havel pendant ses deux premiers mandats, Michael Zantovski revient sur le parcours de cette personnalité hors du commun. Dramaturge de renommée internationale bien avant de s’engager en politique, il estimait qu’il était de sa responsabilité de défendre la liberté d’expression de ses amis auteurs et il se battit sans relâche dans ce sens, mais plus généralement pour donner du pouvoir à ceux qui en sont privés. Homme de conviction et d’honneur, il finit par être condamné à la prison. En novembre 1989, alors que les Tchécoslovaques descendaient dans la rue pour demander la fin du régime communiste, il apparut comme le seul capable de conduire cette révolution de manière pacifiste et constructive. Adam Michnik et Bernard Kouchner ne manquent pas, dans leurs Mémoires croisées, de lui rendre un vibrant hommage. Le membre de Solidarnosc et fondateur du journal Gazetta Wyborcza et le praticien, à l’origine de Médecins sans frontières et Médecins du Monde, reviennent ainsi sur leur parcours de chaque côté du Rideau de fer. Engagés dès leur plus jeune âge, ils nous font parcourir les cinquante dernières années de la vie politique internationale, leurs joies, leurs désillusions et les grands combats qui restent à mener. Un dialogue passionné et passionnant, qui redonne goût à la politique et aux grands engagements. Anne Applebaum revient sur l’histoire du Rideau de fer et, plus particulièrement, sur la façon dont l’Union soviétique a instauré un régime totalitaire dans les pays de l’Est au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Pour ce faire, elle prend en exemple la Hongrie, la Pologne et l’Allemagne de l’Est, des pays qui avaient précédemment fait l’expérience du libéralisme politique. On y découvre comment les Soviétiques, après avoir conquis les partis communistes locaux, ont créé des polices secrètes et utilisé l’un des médias les plus puissants, la radio, à des fins de propagande, mais aussi comment ils harcelèrent les organisations de la société civile pour mener une politique de nettoyage ethnique. Une mécanique d’une implacable efficacité. Si les révolutionnaires russes se souciaient initialement du sort de l’humanité tout entière en souhaitant créer un monde juste et fraternel, les révolutionnaires chinois, eux, ne se préoccupaient que de leur nation. Lucien Bianco, en comparant les périodes de 1917-1953 pour la Russie et 1949-1978 pour la Chine, revient sur les disparités des conditions de départ et des visées initiales de ces deux révolutions. Il montre également les similitudes, en termes de trajectoires et d’effets (que ce soient les famines ou les camps), des deux expériences, avant de finir par une comparaison entre les personnalités de Staline et de Mao. Comme Adam Michnik et Bernard Kouchner, il constate que le réformisme est encore ce qui fonctionne le mieux et conclut en citant un historien chinois : « Autant que possible, il est préférable d’éviter de recourir aux révolutions ».

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