Dossier L'Europe en enfer de Ian Kershaw

  • Ian Kershaw
  • Traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Aude de Saint-Loup
  • Coll. «Coll. « L'Univers historique»
  • Seuil
  • 25/08/2016
  • 640 p., 26 €
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Christine Lechapt Librairie Le Carré des mots (Toulon)

Si tout semble avoir été dit sur la Shoah, chaque nouveau livre, en fonction de l’angle particulier développé par son auteur, nous fait mesurer davantage l’horreur vécue par les victimes du régime nazi. En cette rentrée, quatre historiens, spécialistes de la question, apportent leur pierre à l’édifice.

Pour le peuple allemand sorti humilié de la Première Guerre mondiale, le nazisme est apparu comme une promesse, celle d’un monde nouveau. Cette utopie raciale et sociale était tout à la fois affaire de haine et d’angoisse – dont la judéité européenne servait de bouc-émissaire –, autant que de joie et de ferveur. Mais à quel moment exactement est-il apparu que cette utopie mortifère était réalisable et qu’elle pouvait être mise en œuvre ? Et quand celle-ci prit-elle fin ? C’est tout l’objet de l’étude de Christian Ingrao. Il étudie ainsi la mise en place des Institutions nouvelles, les différentes planifications, ainsi que le parcours des hommes et des femmes qui ont œuvré à la réalisation de ce sinistre projet. Il s’intéresse également au cauchemar vécu par les populations occupées. Un essai extrêmement technique sur un aspect méconnu de l’Histoire. Pour que perdure et prospère la race aryenne, il était indispensable aux yeux d’Hitler de conquérir de nouveaux territoires. Pourtant, cela ne pouvait se faire que si, dans le même temps, on exterminait la « vermine juive ». Très rapidement, cependant, il apparut que l’Holocauste ne pouvait pas être mis en place de la même façon selon les pays. La solution, détruire les États occupés, car seuls les territoires où subsistaient des Institutions étatiques, ont été des lieux où la survie d’un certain nombre de Juifs a été rendue possible. Timothy Snyder clôt ce puissant et original essai par ses réflexions concernant le possible retour d’un tel drame, eu égard à la situation économique et géopolitique actuelle. Un travail remarquable. Saul Friedländer est mondialement reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes du nazisme et du génocide des Juifs, grâce notamment à son livre-monument L’Allemagne nazie et les Juifs (Points). À 83 ans, en même temps qu’un livre de Réflexions sur le nazisme (Seuil), il écrit la deuxième partie de ses mémoires. Il revient ainsi sur une vie marquée par la Shoah, une vie de déraciné entre l’Europe, les États-Unis et Israël. Il nous fait part de ses combats, de ses engagements et de ses coups de gueule. Un ouvrage indispensable pour comprendre l’importance de son œuvre et de son travail. Ian Kershaw, quant à lui, s’attaque à une étude beaucoup plus générale : retracer l’Histoire de l’Europe de 1914 à nos jours. De son propre aveu, il s’agit du projet le plus difficile de sa vie. Cette réflexion, venant de l’auteur de la colossale biographie consacrée à Hitler, nous laisse mesurer l’ampleur de la tâche. Le premier volume, qui paraît en cette rentrée, commence par les raisons de l’embrasement de l’Europe en ce début de xxe siècle, et s’achève en 1949, quand le monde est divisé en deux blocs rivaux. On traverse ainsi ce début de siècle meurtrier, où l’hécatombe de la Première Guerre mondiale laisse place à la barbarie nazie et à l’affrontement des grandes puissances. D’une très puissante érudition, rédigée dans un style limpide et incisif, Ian Kershaw signe une œuvre magistrale amenée, sans aucun doute, à faire référence.

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