Chronique Axolot de Collectif, Patrick Baud

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François-Jean Goudeau La Bulle – Médiathèque de Mazé

Fables – mais non affabulations – autour du thème de l’insolite qui se dissimule dans notre monde bien réel, Axolot est une variation en bande dessinée d’un concept déjà plébiscité par un large public, qui risque de conquérir de nouveaux adeptes… Dont moi !

Paradoxale séduction, puisque mon rapport – comme mon intérêt – à l’étrange, à l’ésotérique, au bizarre, à l’énigmatique, aux expériences scientifiques, aux fantaisies de mère nature, est de l’ordre du minimal. À peine lisais-je, à l’âge tendre, les rubriques consacrées au sujet dans les publications Semic (Strange et consorts) ou dans le Picsou Magazine d’antan, cette fameuse page (une des inspirations peut-être de Patrick Baud, le créateur d’Axolot ?) « Incroyable mais vrai ! », avant de m’évertuer, adolescent, à ignorer les œuvres de Conan Doyle (alors que je suis un inconditionnel du maître !) qui s’égaraient du côté de l’irréel… Impossible pourtant de résister à cette suite savoureuse d’anecdotes dérangeantes – d’autant plus qu’elles sont authentiques, servie par un beau plateau d’artistes du 9e Art. En commençant par l’excellent Libon (Jacques, le petit lézard géant, trois tomes parus chez Dupuis) et son absurde bonhomme qui fait merveille dans Mike le poulet sans tête, gallinacé rétif à la Faucheuse qui, bien qu’il eût perdu la tête, resta vivant durant dix-huit mois, faisant la gloire et la fortune de ses propriétaires fermiers du Colorado ! Les nécrophiles, eux, apprécieront certainement la morbide obsession du docteur Tanzler, revisitée par Yannick Lejeune (directeur éditorial, aux côtés de Lewis Trondheim, de la remarquable revue Papier, Delcourt) et Tony Sandoval, quand les amateurs d’humour, d’échecs et de supercherie ne manqueront pas d’être étonnés par Le Turc mécanique de Boulet, sublime arnaque qui trompa Edgar Allan Poe lui-même et qui s’achève sur une bonne partie… de Street Fighter ! D’autres récits, comme Les Trois Christs d’Ypsilanti, du jeune et talentueux Geoffroy Monde (un auteur à suivre qui n’est pas sans rappeler, parfois, un certain Étienne Lécroart, membre notoire de l’OUBAPO), qui se déroule au cœur d’une clinique psychiatrique, ou encore Ils dansent, transposition contemporaine, façon Resident Evil, des « épidémies de danse » qui frappèrent l’Europe entre les xive et xviie siècles : une descente aux enfers à-rebours signée Erwan Surcouf, qui surclasse allégrement Pierre Maurel dans ses allégories post mortem ! Bien sûr, c’est le lot inévitable des œuvres collectives (ils sont treize auteurs à avoir œuvré ici), certains de ces faits extraordinaires n’ont pas le souffle attendu et la déception est d’autant plus grande que les plus convenues émanent souvent d’artistes dont le travail fait généralement notre bonheur : Marion Montaigne, pourtant spécialiste de la vulgarisation scientifique (sur le cancer, on préférera les explications et la drôlerie d’Émile Bravo dans ses Jules, Dargaud), ou Capucine et Sibylline, qui avaient signé avec Jérôme d’Aviau le très beau et très métaphysique Trop grand vide d’Alphonse Tabouret (Ankama, 2010). Mais je pinaille. Car la lecture de ces « sources d’étonnement » est aussi plaisante que curieuse, agréablement et intelligemment ponctuées d’intermèdes (Le Cabinet de curiosités, 10 façons dont votre esprit vous manipule, 5 arbres hors du commun) savants et ludiques. À ma plus grande surprise, j’en redemande !

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