Chronique Békamé, t. 1 de Jeff Pourquié, Aurélien Ducoudray

FRANÇOIS-JEAN GOUDEAU, Bibliothèque/Médiathèque La Bulle, Mazé

De football, on parlera un peu dans ce Békame. Il y sera aussi question de l’autre, celui qui multiplie les piges et les frasques indécentes. Mais ne vous y trompez pas, l’essentiel de ce livre est ailleurs : du côté des démunis, des sans-papiers, des sans-destins et d’une humanité en panne. Coup d’envoi.

Bilel Békame, garçon berbère d’une dizaine d’années est à la recherche dans les rues de Calais de son frère aîné, Ahmed, clandestin comme lui. Au cours des soixante-dix premières pages de ce livre âpre et sous tension, le lecteur accompagne le héros dans une quête courageuse et déterminée durant laquelle il multiplie les rencontres : violente et sordide avec ses passeurs-tortionnaires ; dispensable mais souriante avec le sympathique et débrouillard traveller Victor (accompagné de son chien Hugo – sic ) ; d’une horreur et d’un racisme ordinaires avec nombre de nos concitoyens ; bienveillante et généreuse avec Monsieur Assane, un vieil algérien qui, malgré les réserves de sa fille et la menace que représente le fait de cacher et d’héberger un immigré clandestin, va s’employer à aider le jeune passionné de ballon rond (et des célèbres images autocollantes des joueurs de clubs européens, en particulier celles du club mancunien cher à Éric Cantona, dont il essaime les murs et les belvédères de la ville afin de signifier sa présence à son frère aimé). Seulement, l’épisode le plus marquant, le plus traumatisant (qui aura lieu dans les ultimes feuillets de cette première partie), sera marqué par ses retrouvailles avec ce dernier ! Devenu Patrick, il accueille d’abord plutôt froidement Bilel, lui interdisant de parler arabe et l’enfermant seul dans des chambres d’hôtels ou des wagons… Avant de lui dévoiler à contrecœur son nouveau métier : celui de pourvoyeur de « marchandise » pour les employeurs de migrants clandestins !

Ancien photographe de presse ayant côtoyé réfugiés politiques et sans-papiers, Aurélien Ducoudray signe ici un récit glaçant et sans concessions sur une société qui ferme les yeux sur le commerce répugnant de la misère apatride. Déni d’identité et de langue, violation des droits et des femmes, mensonges, exploitation des plus fragiles : Békame frappe fort tout en restant supportable dans cette représentation d’une réalité hélas avérée, grâce notamment au trait et à la couleur formidables de Jeff Pourquié, qui sait offrir de la fantaisie et de l’espièglerie (dont un clin d’œil page 41 fort légitime à son camarade et ancien ballon d’or, Guillaume Bouzard. Ils avaient commis ensemble l’excellent Bras qui bouge chez Fluide Glacial), au cœur même de la fange humaine. On attend la suite.

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