Dossier Soif de justice de Pierre Joxe

Christine Lechapt Librairie Charlemagne (Toulon)

Nous pouvons aujourd’hui nous féliciter de vivre dans une société démocratique dont les fondements remontent à 1789. Mais toute société évolue et des réformes s’avèrent nécessaires au fil du temps. Aujourd’hui, celle de la justice tarde à venir, et cela n’est pas sans conséquences au quotidien.

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC), dès sa publication en 1789 et malgré des ajustements postérieurs, constitue un des symboles les plus forts de la Révolution française. Dans Le Culte des droits de l’homme (Gallimard), Valentine Zuber analyse comment ce texte s’est imposé au fil du temps et des différents régimes politiques pour devenir, aujourd’hui, la base de notre société démocratique. Sa rédaction se fit en un temps record, mais les nombreux débats que le texte suscita au cours de l’été 1789, éclaire sur l’importance que celui-ci devait revêtir dans l’ère qui était en train d’émerger. La Déclaration connut de nombreuses attaques tout au long du xixe siècle et disparut de certaines constitutions, mais elle a finalement réussi à s’imposer comme une des normes constituant le bloc de constitutionnalité, et surtout comme une sorte de religion civile républicaine. Au-delà de nos frontières, elle a inspiré de nombreuses autres démocraties avec notamment la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention européenne des Droits de l’Homme. Depuis 2003, elle est même classée par l’Unesco sur la liste Mémoire du monde dans le but d’en assurer la préservation. En complément de l’analyse de Valentine Zuber, Dominique Schnapper poursuit avec L’Esprit démocratique des lois (Gallimard) son analyse de la dynamique démocratique au sein de notre société. Elle s’interroge tout particulièrement sur les vertus de la démocratie et sur le risque que les individus démocratiques ne partagent plus les valeurs et une conception du monde communes. Elle ne s’inquiète pas ici d’une hypothétique disparition de notre système démocratique, puisque malgré les dires des médias, notre société n’a jamais été aussi juste et égalitaire au regard de notre histoire, mais il est indispensable d’éviter certaines dérives pour la pérennité de celui-ci. Ainsi, il apparaît nécessaire qu’au lieu de répondre de façon systématique aux aspirations sans limites des individus, on continue de rechercher des règles nécessaires au bien vivre ensemble. Ce n’est qu’à ce prix que les trois grands principes de la République : « liberté, égalité, fraternité », seront préservés. Il reste cependant que, au sein de cette belle société démocratique, la justice peine souvent à faire son travail correctement. Pierre Joxe, aujourd’hui avocat au barreau de Paris après avoir été plusieurs fois ministre, nous en donne dans Soif de justice (Fayard) une stupéfiante illustration. Après s’être intéressé à la justice des mineurs, il explore le domaine peu connu des juridictions spécialisées dans l’application des lois sociales. Après quinze mois d’exploration et en illustrant son propos de nombreux cas, son verdict est sans appel : ces juridictions sont les parents pauvres d’une justice elle-même déjà pauvre. Les carences et les difficultés de fonctionnement sont telles qu’il paraît presque impossible aux justiciables de pouvoir faire valoir leurs droits correctement. Cependant, cet état de fait n’est pas une fatalité, car d’autres pays ont su trouver des solutions efficaces. La réforme à entreprendre sera toutefois longue et nécessitera une réelle volonté politique de changement. Laure Heinich, quant à elle, est avocate pénaliste. Elle tient une chronique sur le site d’information en ligne Rue89 intitulée « Derrière le barreau », où elle revient sur les affaires qu’elle a traitées ou qui lui tiennent à cœur. Dans son ouvrage Porter leur voix (Fayard), on découvre une femme passionnée, souvent révoltée, qui défend sa profession contre des attaques parfois injustes. En relatant certaines de ces affaires, Laure Heinich nous montre que son rôle est de faire en sorte qu’ils soient entendus. Néanmoins, pour ce faire, il lui faut bien souvent se battre contre l’appareil judiciaire. Dans ce combat de chaque jour, il apparaît indispensable de conserver ses capacités de résistance, quitte, parfois, à déplaire. Difficile cependant à cette avocate hors normes de reprendre une vie normale une fois retirée la robe, tant son travail lui tient à cœur. Denis Salas, magistrat, a exercé en juridiction avant de devenir chercheur. Il s’interroge sur l’acte de juger tel qu’il l’a expérimenté. Il le considère comme une véritable prise de risque, un plongeon vertigineux qui nécessite, après une juste période de doute, du courage. La formation des juges ne les prépare pas à la violence de cette décision qu’ils doivent prendre seuls. À l’inverse de l’avocat, dont l’approche se fonde sur une certaine partialité et l’empathie, le juge, lui, doit rester neutre et silencieux, un « tiers » parmi les autres. Plus globalement, et en se référant à des auteurs tels que Paul Ricœur ou Michel Foucault, Denis Salas livre sa conception de la justice contemporaine, une justice nécessairement plus indépendante des pouvoirs politiques et ne subissant plus la pression des médias. Une analyse précieuse pour des réformes qui ne tarderont pas à s’imposer.

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