Dossier Refus de témoigner de Ruth Klüger

Christine Lechapt Librairie Le Carré des Mots (Toulon)

Dans un souci constant de faire revivre des textes injustement oubliés ou des auteurs largement méconnus, les éditions Viviane Hamy nous livrent les écrits de deux femmes exigeantes, témoins engagées du XXe siècle. Deux combats inspirants, toujours d’actualité, qui forcent l’admiration.

Sur bien des points, on peut trouver une certaine ressemblance entre Édith Thomas et Ruth Klüger. Ces deux femmes ont mené de lourds combats pendant la Seconde Guerre mondiale. Elles ont ceci en commun de n’avoir jamais transigé avec leurs convictions et d’avoir lutté pour leur reconnaissance en tant que femmes mais également en tant qu’intellectuelles. Et pourtant, leurs parcours sont bien différents. Édith Thomas, dans Le Témoin compromis écrit en 1952, revient sur son parcours intellectuel et politique. Issue d’un milieu bourgeois, elle fut cependant toujours libre de faire ses propres choix et parmi les premiers, celui de se convertir au protestantisme. Après des études d’Histoire, et malgré une maladie qui lui fait souvent fréquenter les sanatoriums, elle s’engage dès les premières heures dans la Résistance. C’est en 1942 qu’elle décide de rejoindre le Parti communiste mais six ans plus tard, dans un souci de liberté et de ne faire aucun compromis, elle décide de le quitter, alors que cet acte signe pour elle, une mise au ban de la vie intellectuelle. Cela ne fit qu’accentuer une solitude dont elle se plaignait déjà souvent. C’est dans un roman très largement autobiographique, Le Jeu d’échecs, paru en 1970 quelques mois avant sa mort, que l’on découvre les fragilités de l’auteure cachée sous les traits d’Aude. La narratrice revient sur ses échecs amoureux que ce soit avec Stevan ou avec Claude, et ses difficultés pour en comprendre les raisons. Elle nous dévoile son intransigeance qui répond à un besoin viscéral de faire fusion avec l’être aimé, mais aussi sa quête d’authenticité qui est sans aucun doute, l’un des principaux traits de caractère de Édith Thomas elle-même. Face à la très grande force de ces deux textes, on peine à comprendre pourquoi cette auteure, véritable « sœur de l’ombre » de Simone de Beauvoir, reste aujourd’hui si largement méconnue en France. La notoriété, Ruth Klüger l’a quant à elle très justement connue avec la parution en 1997 de Refus de témoigner qui fait aujourd’hui l’objet d’une réédition. Après ce témoignage poignant et décapant sur son enfance à Vienne, son internement dans les camps et son arrivée aux États-Unis à l’âge de 16 ans, elle revient dans Perdu en chemin sur les autres combats de sa vie. On y découvre un être entier, volontaire et qui dut lutter pour mener de front sa vie de femme, de mère et d’universitaire dans l’Amérique des années 1950. Tout au long de ce récit, elle revient sur la discrimination constante dont elle fut l’objet, sans jamais arriver à déterminer si celle-ci relevait de sa condition de « femme » ou de « juive ». On devine derrière ce combat, celui qu’elle dut mener pour s’émanciper de son statut de victime et conquérir ainsi son entière liberté. Grâce aux écrits d’Édith Thomas et de Ruth Klüger, on découvre l’incroyable force de caractère de ces deux femmes libres et sans compromissions. Deux combats mais une même volonté farouche de reconnaissance et d’authenticité.

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