Dossier Refaire société de Sous la direction de Pierre Rosanvallon

CHRISTINE LECHAPT, Librairie CHARLEMAGNE, Toulon

La forte cohésion sociale qui s’est manifestée en France au cours de la première partie du xx e siècle a disparu. La reconstruire s’avère pourtant nécessaire afin d’édifier une société juste et à l’écoute de tous. Comment est-il possible de « refaire société » ? Et comment former le citoyen de demain, seul garant de la démocratie ?

Notre société semble bien malade. Loin des progrès vertigineux opérés au début du xx e siècle, tout laisse à penser que nous sommes revenus au temps du xix e siècle, avec son capitalisme sauvage et l’explosion des inégalités, autrement dit à une société du repli sur soi, pétrie de xénophobie et d’individualisme. Il est donc urgent de « refaire société » . De nombreux spécialistes, comme Robert Castel, Christian Baudelot, ou François Dubet, analysent les dérives de notre système, mais également les solutions pour y remédier. Ils apportent chacun un éclairage différent, que ce soit au niveau économique, sociétal ou politique. Sont ainsi abordées des problématiques comme les dérives de l’individualisme, la montée des solitudes, les formes et les mécanismes producteurs de discrimination raciale, la disparition de la méritocratie au profit de l’héritage, la création indispensable d’un nouveau droit de l’entreprise, mais également la nécessité d’un changement politique tourné vers l’égalité, l’individu et la démocratie. Pierre Rosanvallon estime dans sa préface qu’il est important de se pencher sur le sujet, car le retour à une plus grande cohésion sociale est nécessaire pour faire barrage au populisme et plus encore à une destruction violente et inéluctable de la démocratie.

Pour Martha Nussbaum, la démocratie n’est envisageable que si l’on dispose d’un enseignement efficace. Or celui-ci connaît une crise « silencieuse », tant aux États-Unis qu’en Inde, deux pays qu’elle connaît bien et dont elle s’inspire largement dans sa démonstration. Le problème réside principalement dans le fait que l’éducation est tournée exclusivement vers la croissance économique. Ainsi, il apparaît essentiel de former des jeunes utiles et efficaces à l’économie de marché en privilégiant certaines formes d’études (scientifiques par exemple). C’est donc le triomphe de l’enseignement du « par cœur » et du gavage de cerveau sans aucune réflexion, esprit critique ou imagination. Pour Martha Nussbaum, seule la connaissance des humanités et des arts est en mesure de former le citoyen de demain. Il sera alors plus ouvert aux autres, plus empathique et surtout plus créatif. C’est une vision profondément novatrice dans la mesure où les humanités vont faire accéder les étudiants à la culture des émotions, à l’ « imagination narrative » . La pédagogie socratique se trouve au cœur de sa réflexion, mais elle est également empreinte des apports de pédagogues de renom comme John Dewey ou Rabindranath Tagore. Les humanités et les arts ne doivent donc pas être négligés au profit des enseignements dits économiques. Ce sera assurément la seule façon de préserver la cohésion sociale, base naturelle de la très souhaitable démocratie.

Ces deux ouvrages portent assurément de beaux projets qui méritent tout particulièrement notre intérêt en ces temps difficiles. Sans aucun doute de l’espoir pour les années à venir.

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