Dossier Les Tireuses d’élite de l’Armée rouge de Luba Vinogradova

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Christine Lechapt Librairie Le Carré des Mots (Toulon)

Comment, dans la vie politique, se faire entendre quand on est une femme ? À quel moment est-on reconnue comme l’égale de l’homme ? À travers trois essais remarquables, on mesure l’incroyable courage dont les femmes doivent faire preuve pour trouver leur place dans un monde d’une grande férocité.

Étudier les relations des femmes avec le pouvoir, c’est avant tout s’intéresser au silence des femmes, c’est-à-dire à la façon dont les femmes ont été réduites au silence dans la prise de parole et le débat public. Et comme le constate Mary Beard, aussi loin que l’on regarde dans la littérature occidentale, cet état de fait a toujours existé. C’est dans L’Odyssée d’Homère que, pour la première fois, un homme, le jeune Télémaque, intima l’ordre à une femme, sa mère Pénélope, de se taire. Depuis, les exemples ne manquent pas. Il n’y a qu’à examiner les commentaires sur Twitter où la prise de position d’une femme amène souvent des attaques violentes sur son physique, voire davantage. Que dire également des affiches de la campagne présidentielle de Donald Trump représenté en Persée brandissant la tête de Méduse, Hillary Clinton. Et enfin, comment interpréter le fait qu’une femme politique, contrairement à un homme, n’ait pas droit à l’erreur et soit régulièrement qualifiée d’idiote ou de crétine quand elle se trompe dans une analyse. Pour autant, faire référence à la misogynie serait peu productif. Mary Beard explique pourquoi il est grand temps de reconsidérer les codes du pouvoir, voire même de redéfinir ce qu’est le pouvoir, pour qu’enfin les femmes puissent faire entendre leur voix. Une analyse à méditer très sérieusement. S’il existe bien une femme qu’on réduisit au silence et dont bien peu de Chinois connaissent l’histoire encore aujourd’hui, c’est bien Lin Zhao. Née en 1931 ou 1932, et morte en 1968 après huit ans passés en prison, elle représente assurément le courage et l’engagement d’une femme qui ne transigea jamais avec ses convictions. Convaincue très jeune que Mao représente l’avenir de son pays, elle s’engage très vite au sein du parti communiste pour participer à la création de la Chine nouvelle. En rupture avec sa famille, elle fit preuve d’un engagement sans faille mais son ardeur fut mise à rude épreuve car elle ne put jamais faire oublier ses origines bourgeoises et dut à maintes reprises se défendre d’attaques violentes. Après de brillantes études de journalisme, elle participe à de nombreuses publications mais elle est en proie aux doutes lorsqu’elle constate le manque de liberté d’expression face aux dérives du système maoïste. Incapable de transiger, elle est alors jetée en prison. Malgré les tortures, les privations et le manque de soin, elle ne renia jamais ses convictions et continua à faire entendre sa voix en écrivant sans relâche, y compris avec son sang. Face à son refus de se soumettre, elle fut alors exécutée. En racontant la vie tragique de cette jeune femme exemplaire, Anne Kerlan nous plonge au cœur de la révolution chinoise et de ses horreurs. Un portrait touchant et sans concessions. Une magnifique biographie. Il aura fallu la tragédie de la Seconde Guerre mondiale pour que les femmes soient un tant soit peu considérées comme l’égale de l’homme. En France, en effet, elles remplacèrent les hommes aux champs et dans les usines. Ce que l’on sait moins, c’est qu’en Union soviétique, les femmes eurent une part très active dans le conflit. Dans Les Combattantes, Liouba Vinogradova nous avait raconté le destin peu ordinaire du premier régiment exclusivement féminin de l’aviation soviétique. Pour faire face aux pertes humaines colossales de l’Armée rouge, on décide en 1942 de former des tireuses d’élite. Âgées d’une vingtaine d’années et venant de tous horizons, on suit ces femmes au cours de leur formation, « aller à la chasse » pour la première fois, « ouvrir leur score » et se déplacer sur les différentes lignes de front. Outre l’horreur de tuer pour la première fois, on mesure la douleur de ces femmes qui voient mourir leurs amies sur le champ de bataille mais aussi la difficulté d’être convoitées par les autres soldats. Dans ce récit captivant, Liouba Vinogradova revient sur le courage de ces femmes ordinaires, peu préparées à la rudesse du combat et encore moins à leur retour à la vie civile.

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