Dossier Le Monde est clos et le désir infini de Daniel Cohen

Christine Lechapt Librairie Charlemagne (Toulon)

Une croissance au point mort et des inégalités de plus en plus criantes. Nous avons sans doute surmonté la crise, mais la reprise est loin d’être au rendez-vous. Deux économistes, dont un prix Nobel, analysent la situation économique actuelle et les difficultés qu’il nous reste à surmonter

La croissance est devenue la nouvelle religion de nos sociétés modernes. Elle est scrutée, analysée et mesurée continuellement. Or après de nombreux krachs, booms ou soubresauts, il semble que celle-ci soit en panne. Les politiques et les économistes y vont tous de leurs pronostics concernant la fin de la crise économique et le retour de la prospérité matérielle. Mais n’y a-t-il pas un profond malentendu sur l’idée même de progrès ? Durant les derniers siècles, nos sociétés n’ont cessé de progresser, passant d’une société de chasseurs-cueilleurs à la révolution agricole puis à une révolution industrielle. Alors que nous connaissons depuis le début du xxie siècle une passionnante révolution numérique, force est de constater que celle-ci est loin d’apporter la croissance escomptée et que la pression qu’elle fait peser sur les travailleurs n’a jamais été aussi forte. Alors que des milliards d’humains à travers le monde vénèrent le dieu Argent, le seul capable d’assouvir leur désir sans fin de consommation, peut-on imaginer une société sans progrès matériel ? Ne sommes-nous pas condamnés, si la crise subsiste, à vivre dans une société de chaos et de violence ? C’est à cette question essentielle que Daniel Cohen tente de répondre, en retraçant le long chemin emprunté pour en arriver à la situation économique actuelle, aux conséquences que cela pourrait avoir en terme de société et au virage que nous devrons nécessairement prendre pour nous en sortir. Une analyse passionnante et richement illustrée. Le 20 janvier dernier, dans son discours sur l’état de l’Union, Barack Obama a déclaré que la crise était terminée. Mais il n’est pas allé jusqu’à dire que tout allait bien… et pour cause. Le PIB est inférieur d’environ 15 % au niveau qu’il aurait dû atteindre si la crise n’avait pas eu lieu et les inégalités n’ont jamais été aussi profondes dans la société américaine. On estime à l’heure actuelle que 1 % de la population de la planète détient près de la moitié de la richesse mondiale. Et elle est bien partie pour posséder, en 2016, autant que les 99 % restants réunis. Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie, s’intéresse depuis les années 1970 au problème moral et politique que posent ces inégalités. Constatant que cette question était très peu portée à la connaissance du grand public, il s’est fait fort, depuis la crise des subprimes, de relayer ses travaux et réflexions dans des médias comme les journaux Vanity Fair, New York Times ou le Project Syndicate. Ces articles sont réunis au sein de cet ouvrage, après une courte introduction permettant de les remettre dans leur contexte. Il y dénonce les politiques successives de déréglementation, de réductions d’impôts et d’allégements fiscaux pour les 1 % les plus fortunés, et montre les conséquences désastreuses que les inégalités peuvent avoir sur la démocratie. Sans jargon ni langue de bois, Joseph E. Stiglitz offre une analyse claire et accessible. Un livre incontournable.

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