Littérature étrangère

Kathryn Stockett

Le Calamity Club

✒ Juliet Romeo

(Librairie La Madeleine, Lyon)

Dix-sept ans après La Couleur des sentiments, énorme succès mondial adapté au cinéma, Kathryn Stockett publie son deuxième roman, Le Calamity Club, où l’on voit naître une sororité dans le Mississippi des années 1930.

Pour qui a aimé La Couleur des sentiments, il était cruel de ne pouvoir lire un autre roman de son autrice. Nous avions été nombreux à nous laisser embarquer aux côtés de Minny, Skeeter et Aibileen dans le Mississippi des années 1960. Dans le Calamity club, nous sommes de retour dans le Mississippi mais trente ans plus tôt, dans le contexte de la Grande Dépression. Il n’y a plus d’argent et nombreux sont les propriétaires, quel que soit leur niveau de vie, qui voient leurs maisons saisies par les banques. La famille de Birdie ne s’en sortait pas trop mal jusqu’à maintenant. La jeune femme travaille dans l’épicerie de sa ville et parvient à subvenir aux besoins de sa mère et de sa grand-mère. Mais cela devient de plus en plus compliqué et elle doit se résoudre à demander de l’aide à sa sœur qui vit avec son mari, banquier, et sa belle-mère à plusieurs kilomètres de là. Frances, la sœur, partage son temps entre les thés et commérages dans les salons de ses amies et son bénévolat à l’orphelinat dirigée par une certaine Garnett. Et c’est justement dans cet orphelinat que vit Meg, une enfant trouvée seule dans sa maison après la disparition de sa mère, Charlie. Garnett n’aime visiblement pas Meg et s’évertue à la punir, la séquestrer et surtout à ne lui offrir aucune possibilité d’adoption. Alors que Birdie réussit à trouver une famille à Meg et à contourner la tyrannie de la directrice, Charlie réapparaît pour retrouver sa fille. Mais il est déjà trop tard. C’est ainsi que Birdie et Charlie vont s’allier pour récupérer Meg et pour sauver la famille de Frances : son mari a disparu avec tout l’argent et les biens. Un projet va naître autour d’une activité illicite portée par plusieurs femmes aux personnalités hautes en couleur. Kathryn Stockett signe une formidable fresque au romanesque certain en dressant différents portraits de femmes. Elles ont toutes un point en commun : avoir réussi, dans les années 1930, à développer des stratagèmes pour se débrouiller sans les hommes, en le cachant ou non. De la femme célibataire qui subvient aux besoins de ses aînées à la mère qui se débat pour nourrir sa fille, en passant par la femme qui gère les finances et l’organisation de la maison ou encore par la femme qui a défendu sa vie à tout prix, toutes les femmes qui composent ce Calamity Club sont des exemples de la place que les femmes parviennent à se faire dans une société patriarcale. Et Kahryn Stockett leur rend justice avec tendresse et délicatesse.

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