Dossier Et si on écoutait la nature ? de Laurent Tillon

Christine Lechapt Librairie Le Carré des Mots (Toulon)

Après la rigueur de l’hiver, le printemps est de retour : la végétation reprend lentement vie et bruisse du vrombissement des insectes et des oiseaux. C’est le moment idéal pour observer cette nature qui recèle encore de bien nombreux mystères, mais aussi de scruter les émotions qu’elle nous inspire.

Face à une urbanisation galopante et à l’industrialisation d’une partie de la nature, le constat est sans appel : on assiste, à l’heure actuelle, à une forte érosion de la biodiversité et à une importante dégradation de notre environnement. Or, la nature nous est indispensable, que ce soit pour nous alimenter mais également pour notre bien-être. Personne, en effet, ne s’est jamais plaint de se sentir moins bien après une balade en forêt ou à la campagne. Pour autant, il n’est pas nécessaire de verser dans le fatalisme car tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ! Une des premières choses à faire est sans aucun doute de découvrir les merveilles dont regorgent les petits coins de nature qui nous entourent, y compris au cœur de nos centres-villes. Et pour ce faire, Laurent Tillon est un guide tout trouvé. Spécialiste de l’étude des chauves-souris, il est chargé de mission à l’Office national des forêts et intervient pour améliorer la prise en compte de la biodiversité dans la gestion forestière. Fort de ses nombreuses observations sur le terrain et grâce à d’incroyables anecdotes, il nous fait toucher du doigt le subtil équilibre qui règne entre les espèces mais également ce qui peut l’amener à se dérégler. Cheminer avec Laurent Tillon, c’est l’assurance de se reconnecter à la nature et de se rendre à nouveau attentif à ce qui nous entoure. Un bien beau voyage, revigorant, plein d’espoir et qui fait un bien fou. Le monde végétal domine l’ensemble de l’environnement terrestre et forme plus de 99 % de sa biomasse. En comparaison, les êtres humains et les autres animaux ne sont que « quantité négligeable ». Or, par arrogance ou pour minimiser notre fragilité due à notre forte dépendance aux plantes, nous leur avons toujours opposé leur manque d’intelligence. C’était sans compter l’intervention de leur meilleur défenseur, Stefano Mancuso. Ce savant de renommée internationale, fondateur de la neurobiologie végétale, est en effet le premier à défendre l’idée selon laquelle comme tout être vivant, les plantes, malgré leurs réactions plus lentes qu’à notre échelle et leur manque de mobilité, font preuve d’une très impressionnante intelligence. Grâce à de nombreuses expérimentations, on découvre que, comme nous, elles disposent de cinq sens (et de bien d’autres encore), qu’elles peuvent communiquer entre elles et avec des animaux pour croître, se reproduire ou pour se défendre et qu’elles sont capables de mémoriser des données. De plus, face à des attaques extérieures, elles ont développé, à la différence des autres êtres vivants, un système modulaire consistant à ne pas mourir si seulement une partie de l’organisme était détruit. Stefano Mancuso nous laisse ainsi entrevoir dans une démonstration extrêmement vivante, un monde d’une fascinante richesse et qui mérite notre plus grand respect. Avec ce formidable manifeste écologique, nul doute que vous ne regarderez plus jamais comme avant les plantes qui agrémentent votre quotidien. Si la nature nous est indispensable, c’est également parce qu’elle nous inspire un profond bien-être mais aussi toute une galerie d’émotions. Alain Corbin, avec La Fraîcheur de l’herbe, nous invite à nous intéresser plus particulièrement à l’herbe et aux émotions qu’elle a suscitées depuis l’antiquité. Au gré des nombreuses citations d’auteurs aussi variés que Lucrèce, Ronsard, Victor Hugo, Gustave Flaubert et bien d’autres encore, on déambule dans les herbes folles, les prairies, les prés, sur les pelouses ou même dans les cimetières pour renouer avec des sensations familières : la joie de l’enfant à se rouler dans l’herbe, l’odeur du foin coupé, les pique-niques ou les siestes sur l’herbe, le bourdonnement des insectes dans les prés, l’érotisme d’un champ ou le calme d’un parc discipliné. Malheureusement, toute la gamme de ces émotions semble s’être estompée au fil du temps, tant le nombre d’enfants au contact de l’herbe et de ses petits plaisirs tendent à se raréfier d’année en année. Si ce texte d’Alain Corbin semble quelque peu nostalgique, il laisse cependant entendre que face à la prise de conscience grandissante de la nécessité de préserver notre environnement, l’herbe pourrait à l’avenir faire l’objet de bien d’autres émotions mais sans doute dans des lieux fort différents. Il ne tient qu’à vous, à présent, d’interroger vos propres souvenirs face à cette longue histoire du désir d’herbe. Ça tombe bien, c’est le printemps ! La nature reprend vie et la verdure fait son apparition sur nos balcons et dans les champs.

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