Chronique Lever de rideau sur Terezin de Christophe Lambert

Isabelle Réty Librairie Gwalarn (Lannion)

Après Swing à Berlin paru en 2012 chez Bayard Jeunesse, Christophe Lambert aborde à nouveau le thème de la Seconde Guerre mondiale, mais sous un angle différent de celui auquel on peut être habitué en littérature jeunesse : la création artistique sous la contrainte.

Victor Steiner, dramaturge juif français, est arrêté à Paris en novembre 1943 alors qu’il se terrait depuis des mois. Il est déporté en Tchécoslovaquie dans le camp de Terezin, un camp un peu spécial où étaient regroupés artistes et intellectuels juifs. Divisé en quartiers, avec ses rues, son hôpital, sa bibliothèque, ce camp a servi de vitrine à la propagande nazie. Derrière cette façade, Terezin n’en est pas moins un camp de concentration aux conditions de vie épouvantables où les prisonniers redoutent de voir apparaître leur nom sur des listes désignant ceux qui partent pour Auschwitz. Le chef SS qui dirige le camp admire l’œuvre de Steiner. Il lui demande de créer une pièce de théâtre qui sera montée à Prague au mois de juin suivant, lors de la visite d’une délégation de la Croix Rouge qui doit venir inspecter le camp. Passionné par le XVIIe siècle, le SS impose à Steiner de mettre en scène la cour de Louis XIV. Effondré, l’écrivain est dans un premier temps tenté de refuser. Il n’a jamais écrit de pièce de commande et le thème qui lui est imposé est aux antipodes des sujets qu’il aborde habituellement. Il comprend cependant très vite qu’il n’a pas le choix, d’autant que, outre sa propre survie, celle des comédiens amateurs qu’il choisira dans le camp sera également assurée. Tout l’intérêt de ce roman repose sur le travail de création artistique sous la contrainte. Comment ne pas perdre totalement son âme tout en répondant à certaines exigences ? Comment opposer une certaine forme de résistance sans se mettre en danger, alors que le moindre faux pas peut conduire Steiner et ses compagnons vers un camp d’extermination ? Exercice redoutable auquel Christophe Lambert s’est lui-même prêté en écrivant entièrement la pièce de Steiner, Le Défi de Molière, reproduite en fin de volume.

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