Chronique Les Puissants, t. 1 de Vic James

Isabelle Réty Librairie Gwalarn (Lannion)

Pourriez-vous envisager de passer dix ans de votre vie à travailler dans des conditions épouvantables et gratuitement pour votre pays ? Dix ans à n’être rien d’autre qu’une bête de somme sans identité, dix années d’esclavage… Impensable, non ? Vic James l’a imaginé pour nous dans Les Puissants.

Dans une Angleterre alternative, les Égaux ont pris le pouvoir quelques siècles plus tôt, suite à un régicide. Membres d’une aristocratie arrogante et toute puissante, ces Égaux sont, dans leur très grande majorité, pourvus d’un don surnaturel et règnent sans partage sur l’Angleterre du haut de leur élégance et de leur fortune. Ils ont imposé au peuple dix années d’esclavage, dix années sans aucun droit, sans identité, à trimer sans rémunération pour le pays. Seul le choix de la période à laquelle accomplir ces années de travail forcé est laissé libre à chacun. La famille Hadley – les parents et leurs trois enfants –, a décidé d’effectuer ses dix ans d’esclavage en famille, comme domestiques. Ils sont affectés au service des Jardine, une des familles les plus puissantes de l’élite, dans leur domaine de Kyneston. Ils échappent ainsi au terrible site industriel et ville d’esclaves de Millmoor. Mais au moment du départ, une désagréable surprise les attend. Si Daisy et Abi partent bien à Kyneston avec leurs parents, Luke, malgré ses seize ans, est séparé de sa famille et expédié à Millmoor. Pensant qu’il s’agit d’une erreur, Abi va tout essayer, sans succès, pour ramener son frère près des siens. Le récit se partage alors en deux. D’un côté, le quotidien de Luke dans cette ville dangereuse, ultra polluée, qui tient plus d’un camp de prisonniers, où il n’a plus de nom, où il n’est plus qu’un numéro. Il doit travailler dans une fonderie où aucune norme de sécurité n’existe, dix heures par jour, six jours sur sept, dans des conditions épouvantables. Du côté du reste de la famille, les apparences peuvent être trompeuses. Dans le somptueux domaine de Kyneston, protégé par une enceinte magique, la vie pourrait paraître plus « douce » mais les maîtres, grâce au Don, peuvent anéantir n’importe qui à leur guise. Alors qu’à Millmoor les travailleurs commencent à entrer en résistance pour obtenir un minimum de droits et d’humanité, chez les Puissants, les conflits larvés éclatent au grand jour. Les complots, les traîtrises et les alliances se mettent en place lorsque, contre toute attente, le Chancelier Winterbourne Zelston veut faire adopter une loi interdisant l’esclavage, remettant de fait en cause toute l’organisation pyramidale de l’Angleterre. L’univers bâti par Vic James est d’une grande richesse et ripoline sérieusement les dystopies à destination des adolescents et des jeunes adultes, qui ont fleuri en nombres ces dernières années. Les Puissants, en plus d’être un excellent roman aux rebondissements multiples, aux nombreux personnages que l’on adore ou déteste, amène une réflexion sur notre monde réel et contemporain, sur fond de lutte pour le pouvoir et de lutte des classes. Le lecteur, sans cesse manipulé, sort essoré de ce premier volume à la chute totalement inattendue et particulièrement soignée. Un petit regret toutefois : il faudra attendre un peu pour connaître le destin des différents membres de la famille Hadley…

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