Entretien Les Maux bleus de Christine Féret-Fleury

Isabelle Réty Librairie Gwalarn (Lannion)

Les éditions Gulf Stream lancent « Échos », une nouvelle collection de romans à destination des adolescents de 13 à 15 ans. Christine Féret-Fleury y publie un magnifique roman sur l’homophobie, à travers l’histoire d’Armelle, une adolescente qu’une rencontre fortuite va bouleverser.

PAGE — Vous inaugurez la collection « Échos » avec Les Maux bleus, un texte très réaliste sur l’homophobie. Pouvez-vous nous présenter Armelle, votre héroïne ?
Christine Féret-Fleury — Armelle a 17 ans et, comme toutes les filles de 17 ans, elle est en chemin. J’aime cette expression parce qu’elle décrit à la fois une évolution et le rythme parfois harassant, à cet âge, du « pas à pas ». Pas à pas, elle apprend à cerner ses rêves, ses désirs, ses espoirs pour le monde dans lequel elle va vivre. Ce qui implique d’affronter l’image que ce monde lui renvoie et de faire des choix : est-ce que je me reconnais ou non dans cette image ? Est-ce que je peux vivre avec cette image ? Qui doit changer ? Moi ou le regard que d’autres – proches, profs, parents, inconnus – portent sur moi ? Qu’est-ce qui est vraiment important ? Être acceptée, se fondre dans la foule ou devenir pleinement soi-même ? Ce sont des questions que tous les adolescents – pas seulement ceux qui sont en butte à l’homophobie – se posent à des degrés divers. Mais pour Armelle, y répondre est vital, parce qu’elle a été éjectée violemment du cadre dans lequel se déroulait son existence et qu’il lui faut tout reconstruire.

P. — Dans la littérature pour ados, ce thème est le plus souvent abordé du point de vue masculin. Était-ce important de donner la parole aux filles ?
C. F.-F. — Bien sûr. On parle beaucoup plus des garçons et pas seulement dans la littérature de jeunesse. Dans 120 battements par minute, qui est par ailleurs un très beau film, les femmes restent à l’arrière-plan. En ce qui concerne la violence ordinaire, il faut le savoir, filles et garçons sont à égalité ; les unes et les autres subissent les mêmes agressions, les mêmes insultes, reçoivent les mêmes coups, ont les mêmes besoins d’accueil et d’écoute. Mais le point de vue d’une fille sur sa propre histoire n’est pas forcément le même que celui d’un garçon ; ce point de vue peut aussi varier d’une personne à une autre, évidemment. On a cependant trop tendance à penser, par un automatisme bien ancré, que le sujet masculin est l’équivalent d’un sujet neutre et que son ressenti vaut pour les deux sexes.

P. — Comment aborde-t-on ces sujets délicats dans la littérature à destination des adolescents ?
C. F.-F. — Avec franchise et naturel. Justement pour qu’on ne parle plus de « sujets délicats ». Et, pour la première fois, j’ai délibérément utilisé un élément autobiographique (la rencontre bouleversante, à 13 ans, d’une femme dans un restaurant de bord de route) comme jalon initial du parcours d’Armelle. Cette référence à mon adolescence m’a permis de me sentir à l’aise pour habiter ce personnage.

P. — Avez-vous rencontré des ados victimes d’homophobie ou rejetés par leurs familles pour écrire cette histoire ?
C. F.-F. — Oui. Leurs récits m’ont à la fois horrifiée et émue. Certains ont été maltraités d’une manière inimaginable ; tous en gardent une blessure ouverte. Mais ce qui m’a le plus frappée, c’est le courage et la maturité de ces jeunes, leur volonté de vivre, d’avancer, d’être au monde, tout simplement. Nous avons beaucoup à apprendre d’eux.

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