Chronique Le Loup de Michel Pastoureau

Le titre vibre sur une couverture sobre et élégante. L’ouvrage attire immédiatement l’œil. Cela est bien normal car, entre l’homme et le loup, il sera question de regards. Celui que Michel Pastoureau propose au lecteur est riche et passionnant. Dans une prose limpide, l’historien déroule la longue frise culturelle qui s’est développée en Europe au cours des siècles autour de la figure du loup. Ces constructions des imaginaires se déploient dans diverses formes de récits (fables, contes, romans, traditions et expressions orales, etc.) et par des représentations de toute nature (sculptures, tableaux, miniatures, dessins, etc.) : elles sont les fruits d’époques elles-mêmes soumises à de multiples enjeux historiques, religieux, économiques, écologiques et sociaux. Elles reflètent au final les relations symboliques, toujours riches de leurs contradictions et de leurs ambiguïtés, que nous entretenons avec l’animal et l’animalité. Une segmentation en douze temps forts éclaire cette histoire des imaginaires du loup. Ce chapitrage, rehaussé d’une profitable iconographie, donne à comprendre les basculements successifs des différentes représentations qui se succèdent, l’une supplantant la précédente sans jamais l’effacer complètement. De là surgit la compréhension des relations complexes, souvent tiraillées et contradictoires, que nous entretenons avec la figure du loup. Animal solaire dans les mythologies anciennes, la louve nourricière est la figure tutélaire de Rome sans pour autant y être systématiquement valorisée. Trouvant une place de choix dans le bestiaire du Diable chrétien, la figure du loup est souvent terrassée par les Saints avant d’être ridiculisée et moquée au Moyen Âge sous les traits d’Ysengrin dans le fondateur Roman de Renart. N’a-t-on alors plus peur du loup à cette époque ou conjure-t-on encore la peur qu’il inspire par le rire ? Figure incontournable et protéiforme des fables et des contes, figure de terreur à l’époque de la bête du Gévaudan, l’image du loup sera retournée au XXe siècle par celle du retour de la louve nourricière dans certaines œuvres pour la jeunesse. En creusant les imaginaires suscités par le loup, Michel Pastoureau révèle une histoire des hommes et des sociétés, en dévoile les complexités, donne les clés intelligibles des antagonismes contemporains, sortant par le haut de la culture les trop souvent stériles débats contemporains de la relation de l’homme au loup et du loup à l’homme. Faisant œuvre d’historien accessible à tous, il réjouit d’intelligence et de plaisir toutes celles et ceux qui ont une faim (de loup !) de savoirs et de connaissances, offrant par là même le plus beau des cadeaux.

Manuel Hirbec Librairie La Buissonnière (Yvetot)

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