Chronique L'Âge d'or, volume 2 de Roxanne Moreil, Cyril Pedrosa

Audrey Dubreuil Librairie Ellipses (Toulouse)

Il aura fallu quatre ans de travail à Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil pour donner naissance à ce diptyque flamboyant qu’est L’Âge d’or. Et cette attente en valait vraiment la peine puisqu’ils nous offrent un récit puissant servi par un graphisme original à couper le souffle.

Si l’on découvre ici le talent de Roxanne Moreil, libraire passionnée de BD et co-scénariste de cet album, on connaît bien Cyril Pedrosa, auteur habitué à travailler seul (au scénario et au dessin). Nous l’avions découvert avec l’émouvant Trois Ombres (Delcourt) et avions appris à aimer sa sensibilité avec ses récits intimistes Portugal et Les Équinoxes (Dupuis). Il nous avait alors surpris avec la sortie du premier volume de L’Âge d’or, conte médiéval fantastique, fruit d’une première collaboration avec Roxanne Moreil. Une épopée qui avait séduit un large public en 2018 et dont nous attendions avec impatience la conclusion. Pour rappel, L’Âge d’or conte l’histoire d’une princesse qui, à la mort de son père, se voit privée de l’accès au trône par la trahison de son jeune frère et du régent. Tilda, c’est son nom, est alors contrainte à l’exil. Un exil qu’elle mettra à profit pour préparer son retour, aidée dans sa reconquête du pouvoir par deux nobles chevaliers. Une quête faite de difficiles épreuves dont l’une des plus mystérieuses est sans nul doute celle de visions étranges qui la poursuivent sans relâche et l’épuisent, tout autant que l’omniprésence d’ennemis lancés à ses trousses. Mais l’histoire ne se limite pas à cette confrontation fratricide et aux intrigues de cour. Ainsi, le peuple est-il largement représenté. On croise des soldats qui se meurent pour un combat qui n’est pas le leur, des paysans en proie à une misère noire et une communauté de femmes ayant choisi de vivre retirées du monde, à l’abri du regard et de la violence des hommes. L’espérance semble avoir déserté ce monde et pourtant, un idéal, une utopie est dans tous les esprits, celle d’un retour à cet âge d’or fantasmé, une ère nouvelle qui serait celle de la réconciliation. Ainsi, Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil ont su créer un monde qui, s’il n’est pas sans rappeler le Moyen Âge, porte aussi en lui une part de fantastique et des accents d’une troublante modernité. Un savant mélange qui leur permet de dérouler l’écheveau d’une épopée hors du commun dans laquelle les codes classiques des récits de chevalerie servent un propos plus politique, sociologique et féministe. Parce que cet espoir en un monde meilleur, cette césure attendue entre le monde d’avant et celui qui vient, si elle faisait déjà écho aux revendications populaires d’il y a deux ans, résonne tout autant, si ce n’est plus, avec celles de 2020. Un propos fort donc, que rehausse un graphisme toujours plus impressionnant. Parce que Pedrosa s’étale largement, offrant aux lecteurs des doubles pages qui ressemblent à des tapisseries médiévales dans lesquelles les personnages se meuvent en s’émancipant d’un cadre trop strict. S’en dégagent une étonnante impression de mouvement et une plongée vertigineuse au cœur du récit. On l’attendait, ce deuxième volet de L’Âge d’or et, croyez-moi, il ne vous décevra pas !

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