Dossier La Boîte rouge de Plàcid Garcia-Planas, Arnau Gonzàlez i Vilalta, David Ramos

Jérémie Banel Librairie Libertalia (Montreuil)

Événement éditorial, la réédition de La Mort en marche, offre aux lecteurs du XXIe siècle un monument de l'histoire du photojournalisme, un livre pensé à son époque comme un livre de combat dans une guerre qui était aussi une guerre d'images.

La Mort en marche, c'est d'abord l'histoire de trois photographes : Robert Capa, le plus célèbre d'entre eux, à qui l'on doit la majorité des images qui composent le livre, Chim et enfin Gerda Taro, morte en plein reportage, à qui le livre est dédié. Ils ont à eux trois documenté comme personne la guerre d'Espagne, à la fois comme photographes mais aussi comme témoins. La Mort en marche, c'est une exposition qui s'est tenue à New York en 1938 avec un but précis : informer l'opinion américaine et en particulier les plus progressistes d'entre eux, de la terrible guerre en cours sur le Vieux Continent et de la Révolution sociale écrasée par une coalition fasciste. En cela, il s'agit d'un livre pensé d'emblée comme un acte politique : un autre front dans la lutte qui se joue au même moment. On signalera d'ailleurs que cette réédition est pensée dans le même sens : nous avons besoin, à l'heure d'un présent inquiétant et sombre, de nous souvenir de ce passé. Comme tant d'autres, Robert Capa a compris que cette guerre était déterminante pour l'avenir et a tenté de peser de toutes ses forces pour alerter le monde sur ce qui se jouait. Pas seulement une guerre civile, mais la démocratie et la liberté face à la barbarie. Cette volonté pédagogique est au cœur de la narration via les légendes qui accompagnent les photos. La Mort en marche raconte l'histoire du peuple espagnol qui résiste avec ses maigres moyens, mais de tout son cœur, à l'oppression. Initialement contemporain de l'événement qu'il retrace, le livre porte la marque de l'espoir d'avant la défaite. Il raconte l'histoire d'un moment où la victoire était encore envisageable et envisagée. Ainsi, à côté de la sincérité poignante des images, toutes d'une précision tranchante et plus marquantes les unes que les autres par leur humanité, se joue aussi pour le lecteur une partie plus intime : c'est un passé qui aurait pu avoir lieu qui nous interpelle. On retrouve la même émotion dans l'autre grand document photographique consacré à la guerre d'Espagne de cet automne, La Boîte rouge, une compilation des travaux d’Antoni Campañà retrouvés par ses enfants. L'occasion de découvrir son travail plus en profondeur au travers de ses photos les plus célèbres ou plus tardives. Elles portent elles aussi cette volonté de fixer l'intensité politique et humaine de l'Histoire qui se déroule sous ses yeux. Plus de quatre-vingts ans après, il est nécessaire de les regarder, pour leur forme autant que pour leur fond.

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