Chronique Bibliodyssées de Sous la direction de

Introduit par deux textes lumineux et érudits de Kamel Daoud et Raphaël Jerusalmy, l’un sous forme de témoignage, l’autre dans une fiction borgésienne, Bibliodyssées est organisé en quatre chapitres différents, présentant chacun un type de livre sauvé : « Foudre » (les livres frappés), « Index » (les livres défendus), « Exil » (les livres dispersés) et enfin « Talisman » (les livres qui sauvent). Chacun est présenté par un texte de quelques pages, accompagné d’une iconographie variée et émouvante. Il en est ainsi particulièrement des reproductions de quelques pages de manuscrits de Germaine Tillion, écrits dans l’enfer de Ravensbrück, pour tout à la fois distraire ses compagnes d’infortune et documenter l’horreur concentrationnaire, sans pouvoir jamais être sûre ni d’y survivre, ni même que ceux-ci puissent un jour être lus. Cet exemple, comme d’autres, interroge sur le statut particulier de notre panthéon littéraire et culturel : pour un livre sauvé, dans des conditions parfois extraordinaires, combien ont disparu ? La question est vieille comme l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie et interroge encore maintenant la conservation de ceux dont nous disposons. Et de ceux-là même qui œuvrent à les conserver. Certains, à l’image du Père Najeeb qui sauve des manuscrits anciens sous les bombes de Mossoul, le font au péril de leur vie. À tous, nous leur sommes au final, redevables. Le procédé de sédimentation sur lequel repose peu à peu notre culture commune est composé de tous ces morceaux de savoir qui ont traversé le temps pour arriver jusqu’à nous, et nous sont ici donnés à voir. En présentant, via ces livres, autant de situations et d’acteurs différents, ce catalogue prouve également que le livre mobilise tout à la fois auteurs, lecteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires et autres, et que sa longue histoire est jalonnée du courage de ceux qui ont lutté pour les créer, les écrire, les lire. Ainsi, la lecture de ces histoires émouvantes et humaines participe d’un double mouvement vers le livre, vecteur du savoir : se souvenir de tout ce qu’ils contiennent et de ceux qui les ont fait, en se tournant vers l’avenir, les défendre ici et maintenant. Leurs histoires sont autant de jalons de l’Histoire humaine, elle se déroule avec eux et ce sont eux qui en gardent la mémoire. Puisque nous sommes, selon la formule consacrée, des nains juchés sur les épaules de géants, n’oublions pas que ces géants sont des (fragiles) géants de papier.

Jérémie Banel Librairie Lamartine (Paris 16e)

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