Polar
Jordan Harper
Tout le monde sait
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Jordan Harper
Tout le monde sait
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Laure Manceau
Actes Sud
07/01/2026
422 pages, 23,50 €
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Chronique de
Guillaume Chevalier
Librairie Mot à mot (Fontenay-sous-Bois) -
❤ Lu et conseillé par
3 libraire(s)
- Christophe Gilquin de L'Atelier (Paris)
- Laurence Grivot de Au moulin des lettres (Épinal)
- Nathalie Sarles de Paroles (Saint-Mandé)
✒ Guillaume Chevalier
(Librairie Mot à mot, Fontenay-sous-Bois)
Plongez dans les entrailles sordides de la ville de Los Angeles, bien loin du glamour hollywoodien. Ce thriller, où la vérité n’est qu’une marchandise, dissèque la mécanique du silence au service des puissants.
Los Angeles, ville de tous les fantasmes, n'a jamais semblé aussi toxique que sous la plume de Jordan Harper. Dans Tout le monde sait, l'auteur nous entraîne bien loin des tapis rouges et des sourires de façade. Ici, la vérité n'est pas une valeur morale mais une marchandise que l'on achète, que l'on vend ou que l'on enterre sous des tonnes de communiqués de presse. L'héroïne, Mae Pruett, est une attachée de presse d’un genre particulier. Employée par une agence de gestion de crises, sa mission n’est pas de faire briller les stars mais de polir leurs péchés. Qu'il s'agisse d'une overdose dans une suite de luxe ou d'une agression physique commise par une star à la dérive, Mae intervient pour construire le « Récit » : une version édulcorée et contrôlée de la réalité que le public acceptera sans poser de questions. Le roman bascule quand Dan, son mentor et protecteur, est assassiné en pleine rue. Dès lors, Mae se lance dans une enquête périlleuse, s'alliant à Chris, un ancien flic déchu devenu l’homme de main d’avocats véreux. Ensemble, ils vont remonter la piste d'une conspiration tentaculaire qui lie les hautes sphères du pouvoir aux bas-fonds les plus sordides de la ville. Ils devront affronter « la Bête », ce monstre invisible engendré par l'omerta et la corruption, qui dévore ceux qui osent briser le silence. Jordan Harper signe un polar d'une noirceur absolue, porté par un style nerveux et viscéral. Au-delà d’une intrigue criminelle de haut vol et terriblement addictive, Tout le monde sait est une critique sociale féroce de l'ère post-Weinstein, où la peur et l'argent maintiennent les têtes baissées, faisant de chaque élément du système son complice. Un excellent roman qui confirme que Harper est l'un des plus grands héritiers de James Ellroy.