Chronique Avant les diamants de Dominique Maisons

Guillaume Chevalier Librairie Mot à mot (Fontenay-sous-Bois)

L’armée américaine décide, en 1953, de mettre au pas Hollywood afin d’en faire une arme de propagande, entraînant dans son sillage une kyrielle de personnages dans une ribambelle de manigances. Un incontournable.

 

Hollywood, 1953. La guerre froide s’intensifie et la chasse aux sorcières anti-communiste de McCarthy est enclenchée. Quelques hauts gradés de l’armée états-unienne ont alors la brillante idée de mettre la toute puissante machine cinématographique hollywoodienne au service de la propagande américaine. Vanter les valeurs du modèle capitaliste américain et les esthétiser grâce au cinéma : le soft power est né. Pour ce faire, l’armée s’adjoint les services d’un producteur de films raté mais dévoré par l’ambition et la soif de reconnaissance : Larkin Moffat. Le major Buckman, accro aux jeux d’argent et coureur insatiable, sera son référent. Autour d’eux graviteront d’autres personnages tout aussi névrosés comme Santino Strarace, un insondable prêtre de Las Vegas, et Johnny Stompanato, un impresario lié à la mafia. De ce casting masculin se dégagent toute la noirceur et le vice dont l’âme humaine a le secret. Il n’y a guère que les personnages féminins pour rééquilibrer (un peu) l’humanité des protagonistes. Par ailleurs, s’ils poursuivent un but commun, tous recherchent également leur propre intérêt dans cette affaire et les intrigues, alliances de circonstances et trahisons sont légion. Impossible de ne pas mentionner que l’auteur s’amuse à mettre en scène quelques stars hollywoodiennes de l’époque, de Hedy Lamarr à Frank Sinatra, illustrant ainsi les coulisses parfois peu reluisantes d’un monde fantasmé. Dans ce roman noir à l’allure de partie d’échecs géante, la filiation avec l’œuvre de James Ellroy est évidente, par sa plongée dans une Amérique réactionnaire et ses personnages torturés. Mais ne vous y trompez point : loin d’être une pâle copie, Avant les diamants est un petit bijou de noirceur et de cynisme, à la mise en scène savamment orchestrée et au propos toujours actuel.

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