Chronique Pickpocket de Nakamura Fuminori

Guillaume Chevalier Librairie Mot à Mot (Fontenay-sous-Bois)

Pickpocket fait figure d’OVNI dans l’univers du thriller. Ce livre entraîne son lecteur dans la solitude d’un homme qui a choisi une vie en dehors de tout système. Une balade noire à l’intérieur de la conscience d’un voleur, fascinante jusqu’à la dernière ligne.

Le narrateur est un homme seul. Son logement se réduit à une chambre plutôt sordide. Il ne possède rien. Il n’a pas de but, pas d’envies et passe ses journées à errer dans les rues, les transports en commun, les grands magasins. Il n’a pas de nom, sûrement pour souligner la façon dont il glisse en silence sur l’existence. Il y a néanmoins un domaine dans lequel il excelle : l’art du vol. C’est un pickpocket. Alors, au gré de ses balades quotidiennes, il détrousse les passants avec une habileté prodigieuse. Ses cibles favorites ? Les hommes riches, bien entendu. Sa pratique atteint un tel niveau qu’il vole parfois sans s’en rendre compte. Pourtant, cette routine va être brisée. Ses rencontres avec un jeune garçon qu’il surprend en train de voler dans un supermarché et un redoutable yakuza le troublent. Sa vie de solitaire bascule alors dans le chaos. Le pickpocket est dorénavant confronté aux autres, mais surtout à lui-même. Que faire avec ce gamin qui pourrait finir comme lui ? Quelles limites se donner dans l’exercice de la criminalité ? Pickpocket est un thriller à la noirceur dépouillée. Il se distingue des autres romans noirs par l’importance accordée à la psychologie, et même à la philosophie du narrateur, soumis à des situations nouvelles qui lui échappent. L’empathie qu’il ne peut s’empêcher de ressentir pour le garçon ou le jeu pervers dans lequel le yakuza l’entraîne, le poussent à réfléchir aux notions de destin et de morale. Le lecteur plonge avec lui dans cette lutte désespérée pour sauver sa peau, mais également son âme. Le style est minimaliste et incisif. Il colle parfaitement à l’ambiance extrêmement tendue du roman, où un vaste jeu de dupes entre les personnages brouille les cartes. Le dernier tiers du livre est épique, et la fin, jusqu’à la dernière ligne, est à couper le souffle. Fuminori Nakamura, jeune trentenaire, a déjà reçu de nombreux prix littéraires, dont le Kenzaburô Oe pour Pickpocket. Il ne l’a pas volé !

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