Littérature française
Phœbe Hadjimarkos Clarke
Le Livre des souterrains
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Phœbe Hadjimarkos Clarke
Le Livre des souterrains
Éditions du sous-sol
20/08/2026
336 pages, 21,50 €
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Chronique de
Manuel Hirbec
Librairie La Buissonnière (Yvetot) - ❤ Lu et conseillé par 12 libraire(s)
✒ Manuel Hirbec
(Librairie La Buissonnière, Yvetot)
Après Aliène, prix du livre Inter 2024, Phœbe Hadjimarkos Clarke revient avec un roman aussi nécessaire que troublant qui explore d’une écriture écarlate les matières enfouies de nos imaginaires.
Roman gigogne, Le Livre des souterrains ouvre d’une porte l’autre sur des modes narratifs et des mondes romanesques inattendus, surprenants et déstabilisants jusque dans la composition marquée de notes de bas de page, d’annotations en marge, de typographies inventives et de sources présumées. Car il s’agit avant d’entrer dans la matière même du texte de rendre par sa texture ce qui est généralement invisibilisé dans les pages. Et c’est avec ce qui habituellement ne compte pas dans le roman, avec ce qui est sous-jacent et passe pour insignifiant en surface que se structure cet ensemble romanesque hybride et envoûtant : « avant-propos » d’une commissaire d’exposition qui nous fait entrer dans le « journal » d’une artiste volatilisée, dérobeuse de « liasses » de feuillets fictionnels et « post-face » confessionnelle. Tout contribue à inverser les perspectives pour plonger dans les souterrains minéraux, organiques, psychologiques, sociaux et créatifs d’une artiste, Maria Marzouk, quelques mois avant sa disparition au cours d’une ultime et spectaculaire installation. Un geste comme le contrepoint, la conjuration, l’affirmation ou la résistance face aux invisibilisations subies l’une avec l’autre au fil du temps : l’effacement progressif de la scène artistique de la plasticienne vieillissante et la relégation de la femme à l’aube de la ménopause. Prise de règles hémorragiques, hantée par le fantôme d’un ami proche, elle trouve refuge et inspiration dans les couloirs du métro, y subtilise ce qui est caché au fond des poches et brouille sa propre réalité d’une fiction. C’est un renversement des mondes qui s’opère et une traversée des frontières fascinante jusqu’à ses excès qui déborde : tout ce qui est enfoui se révèle et s’affirme, visible et sensible, refait surface, dérange et palpite en un téméraire geste littéraire et politique.