Littérature française
Nicolas Delesalle
L'Art du ricochet
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Nicolas Delesalle
L'Art du ricochet
JC Lattès
07/01/2026
250 pages, 20,90 €
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Chronique de
Christelle Chandanson
Librairie Elkar (Bayonne) -
❤ Lu et conseillé par
3 libraire(s)
- Isabelle Aurousseau-Couriol de de Paris (Saint-Étienne)
- Stanislas Rigot de Lamartine (Paris)
- Nathalie Iris de Mots en marge (La Garenne-Colombes)
✒ Christelle Chandanson
(Librairie Elkar, Bayonne)
Après nous avoir ravis avec sa Valse russe, Nicolas Delesalle utilise l’art du ricochet pour évoquer avec douceur la banalité de ses chagrins intimes et avec gravité les déconvenues d’un reportage en Ukraine.
De retour d’un reportage assez chaotique sur le front entre l’Ukraine et la Russie, Kolia est interpelé par la police moldave. Il est conduit fissa vers la capitale, sans aucune explication. Face à deux policiers aussi antipathiques que taciturnes, le reporteur prend sa posture habituelle dans ces circonstances : il se laisse porter par l’événement, attendant le moment où il pourra rebondir « dignement ». Ce trajet, aussi désagréable soit-il, lui offre l’occasion de se remémorer toutes ces situations où il a renoncé à affronter l’adversité. Un bateau Playmobil rêvé pendant des années qui arrive trop tard. Les sélections ratées dans l’équipe de foot municipale. L’accident mortel d’un ami proche, à 18 ans. Ou encore la perte de son téléphone, la veille, dans une rivière frontalière. Le narrateur oscille habilement entre passé et présent, entre son histoire et celle de ceux dont il fait le reportage, les Ukrainiens et les Russes. L’auteur donne voix à toute la folie et à toute la complexité de la guerre. Quand, en contraste avec les drames de ce conflit, Kolia baisse les bras, il parle avec justesse de tous ces deuils, anodins ou profonds, qui nous construisent, ceux qui rendent l’humain si humain. Et nous, lecteurs, on s’empare du récit, on y ressasse nos propres souvenirs, on les pleure et on en sourit. Voire on en rit ; car oui, c’est drôle. Porté par une écriture légère et d’une simplicité réelle, le roman nous tient en haleine par un simple fil : pourquoi Kolia est-il arrêté en Moldavie ? Nicolas Delesalle nous offre un roman de « désapprentissage » sur la banalité affligeante de l’échec et des deuils. Un roman malgré tout d’une grande profondeur, parfois jubilatoire, souvent tendre, où les regrets se mêlent à des portraits d’hommes et de femmes d'un pays dévasté par la guerre.