Dossier Scum Manifesto de Valerie Solanas

Juliet Romeo Librairie La Madeleine (Lyon)

La réédition de Scum Manifesto et la sortie d’une bande dessinée consacrée à son autrice, Valerie Solanas, offrent l’occasion aux lectrices, et aux lecteurs bien entendu, de (re)découvrir un brûlot du féminisme radical.

Publié en 1967 et vendu 1$ à la criée dans les rues de New York, Scum Manifesto de Valerie Solanas est un des textes fondateurs du féminisme radical. Le projet de ce pamphlet est clair : éliminer les hommes qui ne servent à rien, donc tous les hommes. 50 ans plus tard, le projet peut encore tenter dans ces heures où le patriarcat fondateur de notre société nous a suffisamment épuisées, nous, les femmes. Si ce projet peut faire rire ou sourire certaines d’entre nous, tant il paraît si extrême qu’inapplicable, il ressort de ce court texte des idées particulièrement intéressantes. L’homme a réussi à transformer sa faiblesse biologique sur son rôle dans la reproduction et la préservation de l’espèce en une force. Il l’a transformé en pouvoir et a pris un ascendant sur la femme. Ce pouvoir, il l’a investi dans les notions d’argent, de travail, de gouvernement. Sortir du capitalisme mènerait à la destruction de ce système et donc à la destruction de l’homme. La convergence des luttes à son apogée, c’est beau, ça fait rêver.  En gardant les pieds sur terre, ce texte donne à réfléchir sur la notion de pouvoir, de servitude volontaire (les fameuses « filles à papa »), de sexualité, de culture, de science.

Parallèlement à la réédition de Scum Manifesto chez 1001 nuits, sort chez Glénat, une bande dessinée de Théa Rojzman et Bernardo Munos, Scum, La tragédie Solanas qui revient sur la vie de l’autrice et sur ce fameux événement qui a fait sa « popularité » et sa chute : sa tentative d’assassinat d’Andy Warhol. On découvre alors la prostitution, le viol, les coups, la drogue, tout ce qui sème la violence dans le texte Scum Manifesto. Un roman graphique qui vient éclairer la lecture de son pamphlet et replacer dans une époque, mais aussi dans un parcours de vie l’écriture de ce texte. Valerie Solanas en veut au monde entier, et rien dans sa vie ne pourrait lui donner tort. De ces blessures, elle a réussi à tirer un texte, qui, s’il brille par son extrémisme, brille également par sa force, son envie de bousculer les choses, les gens, de faire réagir chacune et chacun d’entre nous.

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