Chronique Ce genre de petites choses de Claire Keegan

Maria Ferragu Librairie Le Passeur de l'Isle (L'Isle-sur-la-Sorgue)

Claire Keegan, qui n’avait pas publié de roman depuis plus de huit ans, revient avec un texte puissant et bouleversant qui, en une centaine de pages, renferme l’essence de la littérature irlandaise et dépeint les paradoxes d’une société qui peine à laisser les femmes libres de leurs corps et de leurs choix.

Bill Furlong est un homme de devoir, un père aimant, un mari attentionné (mais fatigué). Contrairement à de nombreuses personnes de sa communauté, il ne souffre pas autant de la crise qui frappe l’Irlande en cet hiver 1985. Marchand de bois et de charbon, son entreprise est plutôt florissante et il ne manque pas d’aider ceux qui en ont besoin, dans la mesure de ses possibilités. Une façon de rendre hommage et de poursuivre ce qui lui fut donné enfant : sa mère, enceinte à 15 ans, avait eu la chance d’être recueillie et aidée par une femme sévère, mais juste et attentive, qui, en échange de son travail, lui avait donné un foyer à elle et son enfant. Alors que Noël approche, il doit effectuer une livraison au Couvent, lieu relativement fermé où vivent en toute discrétion les sœurs du Bon Pasteur et plusieurs jeunes filles qui officiellement sont aidées et hébergées en échange de travaux de blanchisserie. Il comprend pourtant rapidement que les apparences sont trompeuses et que les rumeurs concernant la maltraitance de ces femmes pourraient être vraies. Tout le monde lui conseille de garder ses distances mais pour lui, il est impossible de détourner les yeux, au risque de mettre en péril son équilibre personnel. Alternant dans son récit des passages de sa vie d’adulte et de sa vie d’enfant, Bill retrace son histoire et celle de sa mère, en miroir de celles des filles du couvent. Il dénoue au passage le fil de ses origines. Claire Keegan, en racontant l’histoire de ces femmes, souvent très jeunes, mères célibataires confiées à des foyers religieux, rejetées et malmenées, victimes d’abus et de sévices, offre une forme de réparation à celles qui furent longtemps oubliées et invisibles aux yeux de toute la société irlandaise. Renouant avec la force et la délicatesse qui avaient fait le succès de Trois Lumières (Sabine Wespieser éditeur et 10/18), elle signe un texte lumineux qui incite à la bienveillance, en ces temps troublés, et qui, malgré le thème, renforce le sentiment que l’entraide est sûrement la seule issue à la noirceur du monde. Elle rappelle aussi, avec une grande justesse, qu’au-delà des liens du sang, la puissance des sentiments passe par ce que l’on fait pour les autres, ceux qui ne nous sont pas forcement liés et qui pourtant nous bouleversent pour toujours en rendant notre vie meilleure. Lire ce livre, c’est se souvenir que ce sont les petites choses, les petits gestes, les petites attentions qui font la bienveillance de la vie et qui viennent équilibrer la dureté du monde !

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