Chronique Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee

  • Harper Lee
  • Illustrateur(s) : Fred Fordham
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Stoïanov et Isabelle Hausser
  • Coll. «NULL»
  • Grasset
  • 07/11/2018
  • 272 p., 20 €
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Fred Fordham réalise une belle adaptation, fidèle et sincère, du roman de Harper Lee paru en 1960, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, couronné par le prix Pulitzer et devenu depuis un monument de la littérature du XXe siècle. Un roman graphique qui nous raconte le Sud de l’Amérique durant la Grande Dépression.

Dans les années 1930, dans un village de l’Alabama, grandissent deux jeunes enfants, Jem, 13 ans, et Scout, 8 ans, avec leur père Atticus Finch, avocat, qui les élève seul aidé par une gouvernante noire, Calpurnia. Le père est une sorte d’icône pour ses enfants. Un homme dont l’autorité est crainte mais dont la bienveillance et l’écoute assurent à sa progéniture une forme de sécurité et d’insouciance que le père voudrait bien préserver le plus longtemps possible. L’équilibre de la famille est pourtant mis à mal quand Atticus décide, malgré les préjugés de son époque et alors que la ségrégation fait rage aux États-Unis, de défendre un homme noir accusé d’avoir violé une femme blanche. Profitant de la préoccupation de leur père, les enfants se lient d’amitié avec leur jeune voisin Dill. À eux trois, ils rivalisent d’imagination, inventant toujours de nouveaux jeux et cabanes, se racontant des histoires qui font peur, à base de légendes urbaines et de racontars de village. Notamment l’histoire de leur voisin, enfermé dans sa maison et que personne n’a jamais revu depuis des années. Pourtant lorsque le procès fait rage, les enfants entrent de plain-pied dans la réalité du monde, celui des violences faites aux femmes, de la ségrégation et des discriminations sociales qui engendrent des jalousies et des désirs de revanche dont eux-mêmes feront les frais. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur fait la part belle à l’enfance, à ce moment crucial où l’insouciance laisse la place à la conscience du monde. Véritable roman d’apprentissage, ce texte est aussi un manifeste antiraciste qui dénonce l’Amérique ségrégationniste et qui est resté une référence. Porté par la voix de la jeune Scout qui apporte une légèreté et un regard plus innocent à des sujets graves, ce livre est entré dans les grands classiques de la littérature. Il fallait donc un sacré culot pour s’attaquer à cette adaptation, mais Fred Fordham relève le défi haut la main. C’est donc avec un immense plaisir que l’on retrouve les personnages de Harper Lee dans ce roman graphique, où il fait le choix d’une adaptation portée par un dessin plutôt classique mais totalement fidèle à l’ambiance de l’époque et de l’original. Une mise en couleurs aux tons pastel qui renforce le sentiment d’un temps plus lointain, un brin suranné, où, sous l’apparente douceur de vivre, on sent la violence prête à pointer. Ce qui n’est pas sans rappeler notre époque.

Maria Ferragu Librairie Le Passeur de l’Isle (L’Isle-sur-la-Sorgue)

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