Chronique La Vie parfaite de Silvia Avallone

Après deux romans très remarqués, D’Acier et Marina Belleza (Liana Levi et J’ai Lu), Silvia Avallone poursuit son exploration des motivations, des rêves et des difficultés de la jeunesse italienne contemporaine. Dans ce troisième roman bouleversant, elle tente de démêler les attentes et les espoirs de femmes confrontées à la maternité.

Adèle a 17 ans, est enceinte et part accoucher seule d’un enfant qu’elle a peut-être désiré un peu pour retenir son amoureux (désormais en prison) mais qu’elle ne pense pas garder. Et on ne peut pas dire qu’elle se sente soutenue ni dans un choix ni dans l’autre. Sa mère se reconnaît trop dans cette grossesse précoce et voudrait autre chose pour sa fille, mais elle l’exprime sans bienveillance et semble étouffée par ses propres regrets. Dora, elle, a passé 30 ans et ne sait même plus depuis quand elle espère un bébé qui n’arrive jamais. Ce désir l’a rendue aigrie et amère. Comme souvent avec les couples confrontés à ce type de difficultés, le sien bat de l’aile sérieusement. Et on ne peut pas dire qu’elle facilite la tâche de son mari qui continue à essayer de l’aimer malgré elle. Elle ne supporte pas que son corps lui fasse défaut, lui refuse cette conception pourtant si naturelle chez les autres femmes. Son espoir réside dans l’attente d’un hypothétique accord du juge en vue d’une adoption. Silvia Avallone nous place au cœur de la vie de femmes d’aujourd’hui et des choix auxquelles elles sont confrontées, de ceux qui bouleversent une vie. Elle nous donne à entendre la voix de celles qui luttent et cherchent leur place dans une société résolument conformiste et soumise au déterminisme social. Les hommes n’en sont d’ailleurs pas exempts et ceux qui tentent de s’en affranchir le payent au prix fort. Ainsi Zeno, le voisin un peu curieux qui rêve d’écrire un roman dont le personnage principal serait la belle Adèle, est parfois moqué car il va au lycée et y réussit ses études. Or, dans le quartier des Lombriconi, on n’échappe pas facilement aux mauvaises notes, aux bimbos un peu trop maquillées et aux trafics en tout genre. Et si Zeno a pris la moins mauvaise route, on ne peut pas en dire autant de son ex-meilleur ami Manuel qui a rapidement été repéré par la mafia et a accumulé les mauvaises décisions. Il est question dans ce roman de maternités, l’une non désirée et l’autre trop longtemps espérée, mais il est aussi question de transmission, de ce qui fait de nous des parents mais aussi des histoires que nous portons et qui nous relient à l’enfance. Silvia Avallone tente aussi de répondre aux questions que l’on se pose forcément lorsqu’on devient parents. Est-on amenés à reproduire les échecs ou les schémas familiaux ? Quelle est la force des liens du sang face aux liens de l’amour ? Autant de questions qui restent parfois sans réponse mais qui font avancer vers la perspective d’une vie si ce n’est parfaite, du moins conforme à nos choix et à nos espoirs. Dans une ville de Bologne à deux vitesses qui évoque les problématiques de bien des métropoles italiennes mais aussi européennes, la jeunesse y est confrontée à des choix. L’auteure se fait ainsi la voix d’une génération que l’on entend et que l’on écoute peu, mais avec laquelle il faudra compter. Tout comme il faudra compter avec la plume de Silvia Avallone comme étant une des auteurs les plus prometteuses des lettres italiennes.

Maria Ferragu Librairie Le Passeur de l’Isle (L’Isle-sur-la-Sorgue)

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