Chronique La Femme au carnet rouge de Antoine Laurain

Véronique Marchand Librairie Coiffard (Nantes)

« Les choses ont leurs secrets, les choses ont leurs légendes. Mais les choses nous parlent si nous savons entendre », chantait Barbara. En lisant Antoine Laurain, on se dit qu’il doit entretenir de belles relations avec les objets pour savoir aussi bien nous faire rêver en racontant leur histoire.

Dans son précédent roman, Antoine Laurain nous avait intrigués et séduits avec le récit du chapeau perdu de Mitterrand. La Femme au carnet rouge est d’une facture différente. Le livre nous dévoile une autre facette de cet habile conteur qui, cette fois, nous fait frémir de curiosité et d’impatience avec le contenu d’un sac à main. Rien de moins anodin pour une femme que cet objet choisi avec un soin infini et qui lui est presque vital. « Véritable extension de soi, il est la trousse à outils bourrée de trésors indispensables à toutes », explique Jean-Claude Kaufmann (Le Sac, Le Livre de Poche). Un territoire interdit aux hommes, lesquels le savent parfaitement bien et ne s’aventurent jamais à y mettre leur nez – et encore moins leurs mains ! Se faire voler son sac à main est donc une expérience traumatisante qu’aucune femme n’a envie de connaître. C’est pourtant l’épreuve que Laure va devoir subir un soir, tard, alors qu’elle rentre chez elle, la contraignant à trouver refuge dans un hôtel. À quelques rues de là vit Laurent, dont l’univers se compose de livres, de musique, d’amitiés sincères et de bons vins. Que sa fille Chloé le qualifie de « libraire intello » le fait sourire avec indulgence. L’homme est doux, patient et attentionné. Il vit sa quarantaine avec une sérénité teintée de fatalisme, et la seule ombre au tableau de cette vie que beaucoup auraient toutes les raisons d’envier, est sans doute l’amour, ou, plus précisément, l’absence d’amour. Mais il est des manques auxquels il vaut mieux ne pas trop songer, sous peine de déclencher d’incontrôlables tempêtes intérieures. Le lendemain de l’agression de Laure, Laurent tombe par hasard sur le précieux sac. Une découverte qui le plonge dans des abîmes de perplexité et d’embarras, avant de se décider à transgresser le tabou suprême et de mettre le nez dans l’élégant sac à main. Inventaire : deux dés, un rouge à lèvres, des photos, un miroir ancien, un flacon de parfum un peu démodé, un ticket de pressing… ou le fatras ordinaire d’une femme… qui n’est pas n’importe quelle femme, puisque, en plus de ces objets, Laurent extirpe de la caverne un carnet en moleskine rouge, puis, comme dissimulé au fond d’une poche latérale, un livre dédicacé accompagné de cette formule : « Pour Laure, en souvenir de notre rencontre sous la pluie. Patrick Modiano ». Non seulement cette femme est raffinée, mais c’est une lectrice de Patrick Modiano, auteur qu’il vénère, qui est, en outre l’un des hommes les plus discrets de Paris. L’écrivain du mystère est aussi celui qui lui dévoile le prénom de la mystérieuse inconnue. Il y a des signes qu’on n’a pas le droit d’ignorer, lui rappelle sagement Chloé avec l’aplomb de ses 16 ans. Un prénom, des clefs, un carnet, des petits cailloux… L’enquête se transforme doucement en quête amoureuse. Laurent saura-t-il écouter ce que lui racontent les trésors de Laure ? Parviendra-t-il à la retrouver ? Si vous avez envie de lire une histoire belle comme un cerisier en fleurs, douce, drôle et réconfortante comme un chat, et qu’en plus vous rêvez de rencontrer l’auteur de La Place de l’Étoile (Folio), ne vous privez surtout pas du plaisir que vous donnera la lecture de cette délicieuse comédie romantique.

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