Chronique Dans la gueule du loup de Olivier Bellamy

Véronique MARCHAND, Coiffard (44000 Nantes)

À travers le destin d’un des plus grands compositeurs russes, Olivier Bellamy met en scène une époque. Un premier roman très prometteur qui oscille entre tragique et comique.

Dans les années 1930, Serge Prokofiev mène une vie parisienne confortable auréolée de gloire. Pourquoi diable décide-t-il de retourner en URSS en 1938 ? Pour ne pas finir comme Rachmaninov rongé par l’exil ou comme Stravinsky devenu trop consensuel à ses yeux ? Les mises en garde de Poulenc n’y feront rien. Sous-estimant la sottise des nouvelles normes artistiques édictées par le pouvoir (« La déportation c’est pour les écrivains qui critiquent le régime. Les compositeurs sont à l’abri »), misant sur un génie qu’il décide de mettre au service de la patrie et la force de son caractère, il n’envisage pas que le paradis qu’il imagine est en réalité un enfer. Face à la puissante Union des compositeurs, il tente de garder son intégrité morale et sa liberté de compositeur, affirmant « qu’un créateur est un loup parmi les chiens, pas un singe savant. » Mais le Comité central juge sa musique décidément trop formaliste, trop compliquée et peu compréhensible par le peuple. Quand commencent les terribles purges, Prokofiev se trahit, abandonnant son épouse toute dévouée à son sort – elle ne sortira du goulag qu’en 1956. Le Mozart russe meurt en 1953, le même jour que Staline. La légende dit qu’il aurait eu le temps de crier de joie avant de rendre l’âme.

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